Le transfert de pratiques environnementales domicile / travail : un nouveau levier à activer (étude 2018)

La transition énergétique et environnementale nécessite une profonde évolution des modes de vie et une métamorphose des pratiques sociales aussi bien à domicile que dans le travail. Jusqu’à aujourd’hui la domination du prisme technique sur ces enjeux, a conduit à séparer le « résidentiel » du « tertiaire », or ce sont  les mêmes individus qui naviguent entre ces bâtiments. A travers l’étude que je publie, j’ai pris le parti d’une vision résolument anthropocentrée de la transition écologique et écologique, en partant de la cohérence et de la globalité de l’individu plutôt que des ensembles de bâtiments.

Sur une initiative de l’ADEME et de l’IFPEB qui pilote ce projet, nous nous sommes intéressé au transfert de pratiques environnementales entre domicile et travail afin d’explorer le potentiel de ce mécanisme humain pour diffuser largement ces pratiques. Vous pouvez découvrir l’essentiel de ces résultats dans la synthèse de l’étude, et plus de détails dans le rapport complet.

Je rappelle ici les principaux enseignements :

==> Les « transféreurs » semblent être des profils assez courants dans les organisations, même si pas toujours facilement repérables. Les logiques sociales de transfert vont bien au delà de l’écologie : convivialité dans l’entreprise, intérêts professionnels ou domestiques…

==> Le type de transfert le plus répandu va du domicile vers le travail, il doit être appréhendé comme un processus collectif dans lequel le transféreur s’appuie sur un « groupe support » de collègues pour diffuser plus largement les pratiques durables dans l’organisation. 

==> Le transfert inverse, du travail vers le domicile, est réservé a des professionnels travaillant dans l’environnement qui sont dans une logique d’expérimentation domestique de leurs prescriptions professionnelles, ce qui consolide en retour leur posture professionnelle.

==> Les pratiques durables importées de la sphère domestique ne peuvent pas s’appliquer tel quel au travail, le transfert leur fait subir une transformation aux pratiques pour les adapter à l’environnement professionnel. Par exemple : le « zéro déchet » devient le « zéro papier ».

==> Les transferts de pratiques au travail restent fortement limités car ils se heurtent à de très nombreuses contraintes : valorisation de la consommation comme  facteur productif, management laissant peu de place à l’initiative, logistique du site considéré comme secondaire…

==> Le transfert de pratiques environnementales est révélateur d’une recherche croissante chez les nouvelles générations de cohérence entre sphères domestique et professionnelle. Il porte aussi une vision du lieu de travail non plus seulement comme espace productif mais aussi comme lieu de consommation, voire de « surconsommation ».

==> La portée du transfert en matière de généralisation des pratiques durables ne doit pas être négligée car il permet d’utiliser le travail comme une chambre d’écho, bien plus impliquante que les campagnes de sensibilisation et permettant de toucher un très large public.

J’ai réalisé cette étude avec l’aide d’Anne Desrues, sociologue indépendante. Elle a bénéficié d’un financement de l’ADEME dans le cadre de l’APR “Transitions écologiques, économiques et sociales”. Cette étude sera suivie en 2019 d’une phase d’expérimentation portée par les psycho-sociologues Delphine Labbouz-Henri et  Laurent Auzoult Chagnault. Des actions de sensibilisations ménées en entreprise seront suivies afin d’évaluer leur portée sur les pratiques des salariés au travail comme à domicile. Une phase de valorisation des résultats sera ensuite déployée par l’IFPEB.

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