Recherche sociologue junior pour deux études sur la décision d’achat d’électroménager économe en 2020

#Contexte

J’anime depuis 2012 le cabinet de sociologie GBS spécialisé sur la transition énergétique dans le bâtiment. Dans le cadre d’un projet de recherche, financé par l’ADEME, sur la décision d’achat d’électroménager performant en énergie, je recherche un(e) sociologue junior ayant des expériences des études qualitatives. 

#Mission 

La mission consiste à réaliser, sous ma supervision, deux enquêtes sociologiques de terrain, auprès de consommateurs et de professionnels. Elles contribueront à un projet recherche pluridisciplinaire qui prépare l’arrivée de la nouvelle étiquette énergie sur l’électroménager en 2021. 

#Profil 

Le profil recherché est celui d’un(e) professionnel(le) ayant l’expérience des enquêtes qualitatives, et une formation de niveau Bac+5 en sciences humaines et sociales, de préférence en sociologie. Vous devez avoir une appétence pour la recherche appliquée et un intérêt pour les sujets liés à l’environnement. 

Vous devez être basé en région parisienne et disponible entre mars et décembre 2020. Des déplacements sont à prévoir sur la France pour les entretiens. 

#Conditions 

Vous êtes en indépendant (portage salarial, auto-entrepreneur, freelance…)

La mission est payée sur facture 4000 € par mois (7 mois) pour 4 jours par semaine soit un taux journalier de 250 € / jour. 

#Candidature

Si vous êtes intéressé et que vous correspondez au profil, envoyez votre candidature par mail à Gaëtan Brisepierre : gbrisepierre@gmail.com

Bilan du webinaire : Saisir les dynamiques collectives en copropriété pour mieux accompagner les projets d’amélioration du bâti (16 octobre 2019)

Le CeDRe, centre de ressources à destination des plateformes territoriales de la rénovation énergétique de la Région Auvergne Rhône-Alpes, vous a proposé un webinaire le 16 octobre 2019 sur le thème : « Saisir les dynamiques collectives en copropriété pour mieux accompagner les projets d’amélioration du bâti » animé par : Manon Leroy de l’Échappée des copropriétésThéo Henriel de Palanca, et  Gaëtan Brisepierre du Cabinet de sociologie GBS

Retrouvez ci-dessous le bilan de ce webinaire qui vous intéressera si :

  1. Vous cherchez à identifier les copropriétés prêtes pour une rénovation énergétique ?
  2. Vous souhaitez appréhender les dynamiques sociales internes aux copropriétés ?
  3. Vous voulez mieux calibrer votre accompagnement en fonction des besoins des copropriétés ?

Vous pouvez visionner le replay du webinaire, télécharger le diaporama, ainsi que l’article que nous avons co-écrit et qui détaille les éléments présentés pendant le webinaire. 

Vous étiez parmi les 160 inscrits et 90 à assister en direct au webinaire

  • Vous étiez une majorité de structures du réseau FAIRE, mais aussi des associations, des opérateurs d’habitat, et bien d’autres. 
  • Un tiers d’entre vous pense que le principal frein aux projets de rénovation énergétique en copropriété est humain, mais pour les deux tiers il est avant tout économique.
  • Pour vous le sujet des dynamiques collectives en copropriété : 38 % découvrent, 53 % s’y intéressent depuis longtemps, seulement 5 % maîtrisent parfaitement. 
  • 63 % d’entre vous pensent que l’accompagnement des dynamiques collectives devrait-être systématiquement intégré, et 37 % proposé en option. 
  • A l’issue de ce webinaire, plus de la moitié d’entre vous veulent tester une nouvelle action, 36 % se former davantage sur le sujet, et 9 % sensibiliser leurs collègues. 

Les ressources proposées par les animateurs

  • L’outil open source d’évaluation des dynamiques collectives en copropriété : renseignez votre mail dans le formulaire pour le recevoir. 
  • Le rapport et la synthèse de l’étude sociologique de Gaëtan Brisepierre sur les dispositifs d’accompagnement des copropriétés. 
  • Une des vidéos témoignages de l’Échappée des copropriétés portant sur les 50 ans de la copropriété fêtés pour lancer le projet de rénovation.

Les ressources mentionnées par les participants dans le chat dont vous pouvez retrouver le contenu en intégralité ici

Morceaux choisis des réactions sur le chat

  • “Des initiatives comme cela ça donne envie de continuer dans le domaine de la copro même si c’est complexe !!”
  • “Il faudrait presque vendre la “rénovation de la vie commune” autant que la rénovation énergétique”. 
  • Sur l’outils d’évaluation : “Il faudrait pouvoir l’interfacer avec Coach Copro”
  • “Comment avez vous fait pour que ces habitants viennent aux ateliers ? du porte à porte !”
  • “Comment proposer un accompagnement quand la gouvernance de la copro. est chaotique ?”  
  • “Que faire quand on est confronté aux chroniques du racisme ordinaire ?” 
  • “Quelle est la place de l’architecte dans l’accompagnement des dynamiques collectives ?” 
  • “Comment financer ces accompagnements humains à grande échelle ? Comment prouver le retour sur investissement de l’accompagnement ?” 

Article dans Libération sur les transféreurs (15 juillet 2019)

Le quotidien Libération pubie un article sur les « transféreurs » issus de mon étude de 2018. L’article reproduit ci-dessous peut être téléchargé en PDF consulté directement en ligne ici

Ces salariés qui se mobilisent pour diffuser leurs pratiques écolos au bureau

Par Sophie Kloetzli — 

On les appelle les «transféreurs». Ecolos à la maison, ils tentent de verdir les habitudes de leurs collègues de bureau. Des gestes pas forcément évidents à adopter dans certaines entreprises où le «zéro déchet» n’est pas toujours la priorité.

En 2016, Lara Laugar a instauré une tradition entre collègues, aussi verte que conviviale. Tous les mercredis, c’est «midi zéro déchet» : l’équipe du bureau d’études Sénova (engagé dans la transition écologique des bâtiments), à Paris, apporte son repas qu’elle déguste avec de la vaisselle réutilisable, ou file au resto japonais pour aller remplir son tupperware de sushis. «J’ai parlé à mes collègues de ma réduction des déchets à titre personnel, et j’ai essayé de les sensibiliser à la question. J’ai aussi mis en place des ateliers entre 12 et 14 heures sur les réflexes « zéro déchet » sur les thèmes suivants : comment remplacer les produits du quotidien gourmands en emballage par des alternatives plus propres ? Comment fabriquer soi-même ses produits ménagers ?» raconte cette femme de 25 ans, qui s’est engagée, par le passé, dans l’association Zero Waste France«Une bonne partie de mes collègues ont pris l’habitude d’apporter leur propre récipient quand ils vont chercher à manger dans les restos du coin le midiou bien de préparer eux-mêmes leur repas, et cela toute la semaine.»

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Lara Laugar fait partie de ceux qu’on appelle, dans le jargon sociologique, les «transféreurs». Un néologisme inventé par les sociologues Gaëtan Brisepierre et Anne Desrues, qui ont consacré une étude au sujet en 2018, pour désigner les individus désireux d’exporter leurs habitudes domestiques écolos au bureau. A lire leur rapport, ce type de profil est «assez courant» dans les organisations, mais relativement peu connu et reconnu. Pourtant, leur pratique de transfert relève d’une réaction somme toute logique : n’est-il pas frustrant de pratiquer le zéro déchet chez soi, et de voir, une fois au bureau, des tonnes de papier gaspillées, le tri sélectif bâclé (alors qu’il est obligatoire depuis mars 2016 dans une grande partie des entreprises) ?

La question, relèvent les sociologues, serait générationnelle : «Le transfert de pratiques environnementales est révélateur d’une recherche croissante chez les nouvelles générations de cohérence entre sphères domestique et professionnelle. Il porte aussi une vision du lieu de travail non plus seulement comme espace productif mais aussi comme lieu de consommation, voire de « surconsommation ».» D’après l’Agence de l’environnement, un salarié du tertiaire produit en effet 120 à 140 kilos de déchets annuels au bureau, dont trois quarts de papier.

«Démarche bienveillante»

Chronophage voire éprouvant, le rôle – la plupart du temps informel – de transféreur n’est pas toujours facile à porter. Si «les « midis zéro déchet » ont créé du lien et de la complicité»,Lara Laugar se souvient des «réticences» de certains collègues qui «ne voyaient pas l’intérêt de la chose au départ», mais qui, pour la plupart, «ont aujourd’hui intégré ces habitudes». Une victoire qu’elle n’a pas forcément l’énergie de répéter seule au fur et à mesure que s’agrandit l’équipe. Heureusement, certains de ses collègues ont pris le relais pour la soutenir. L’idée n’est pas de forcer ou de culpabiliser, mais de sensibiliser sur des petits gestes du quotidien : «Si une personne n’adhère pas à la démarche, c’est dommage, mais l’idée est que cette dernière soit bienveillante.»

Pour augmenter les chances de voir aboutir ses initiatives, un transféreur a tout intérêt à bien s’entourer. «Ce qui marche le mieux dans les entreprises que nous avons suivies, c’est de constituer un groupe de travail qui réunit si possible des personnes de différents services et à des postes hiérarchiques variés», appuie Pauline Debrabandere, chargée de mission au sein de l’association Zero Waste France, qui a accompagné une trentaine d’entreprises dans la mise en œuvre de la démarche zéro déchet en 2018. C’est la stratégie qu’a adoptée Julie Raphanel, 30 ans, adjointe à la direction du pôle client d’Enercoop, un fournisseur d’électricité d’origine renouvelable : «J’utilise un lombricomposteur chez moi, j’ai donc instauré cette habitude au bureau en regroupant quatre ou cinq référents. J’ai aussi amené une planche à tisser des éponges réutilisables, que j’ai mise à disposition de tout le monde.»

Dans l’intérêt des entreprises

Il faut dire qu’évoluer dans une boîte engagée pour la protection de l’environnement, ça aide. Créée entre autres par Greenpeace et Biocoop, Enercoop «laisse beaucoup de place aux initiatives personnelles», y compris sur le temps de travail, poursuit Julie Raphanel en évoquant pêle-mêle écocups, papier recyclé, café bio et équitable et récipients réutilisables pour le déjeuner. Plus généralement, les petites équipes sont plus faciles à convertir que les grandes «car les noyaux durs d’écosensibles sont plus faciles à constituer», poursuit Pauline Debrabandere.

Certaines grandes structures dont l’activité principale n’a pas grand-chose à voir avec la transition écologique parviennent néanmoins à fédérer des communautés autour des enjeux environnementaux. C’est le cas d’Orange, qui titille la fibre écologique de ses 100 000 salariés français à travers son réseau social interne, Orange Plazza, explique Margaux Cals, 29 ans. Début juillet, elle s’empare, avec les autres membres du comité éditorial du réseau social, du défi #Trashtag (ramassage de déchet dans l’espace public), en vogue sur les réseaux sociaux. «On s’est dit : pourquoi ne pas suivre cette tendance pour mobiliser ? Un lundi matin, on est allés ramasser des déchets dans les rues du XVarrondissement de Paris et on s’est filmés rapidement [la vidéo est disponible sur Twitter]. On a eu beaucoup de retours de collègues qui disent qu’ils vont le faire avec leur équipe.»

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De quoi faire d’une pierre trois coups : un «moment de convivialité» doublé d’un «petit coup de pouce pour la planète» et pour l’image de l’entreprise, le tout à peu de frais. «Quand le management a vu ça, ils étaient très enthousiastes. Cela ne coûte rien, et c’est un sujet qui anime les gens, qui parle à tous.»Pauline Debrabandere confirme : «Ce n’est pas toujours facile de travailler pour une grande entreprise polluante, c’est aussi dans l’intérêt de l’entreprise que les salariés se sentent bien au travail.» Et se déculpabilisent un peu.

Un rôle à officialiser ?

Mais l’écologie ne se limite pas à la réduction des déchets ou à leur recyclage. Et malgré toute leur bonne volonté, les premiers de cordée écolos se heurtent parfois à des obstacles trop grands. Mettre en place un compost, installer des panneaux photovoltaïques sur le toit et verdir les espaces font partie des ambitions avortées de Julie Raphanel. «Enercoop est locataire, et les propriétaires des lieux ne nous laissent pas aménager l’espace en fonction», déplore-t-elle. Du coup, les salariés doivent ruser : «Une partie d’entre nous ramène le marc du café pour le composter à la maison.»

Sans doute vaudrait-il la peine d’officialiser ce rôle pour lui donner plus de poids ? C’est ce que suggèrent Gaëtan Brisepierre et Anne Desrues dans leur étude : «Sur le plan des organisations, le transfert pourrait servir de base à un changement de posture de la fonction RSE [responsabilité sociale des entreprises] passant d’une fonction de stratège qui initie des actions, avec souvent des difficultés de portage, à un rôle de coach qui accompagne les initiatives des salariés pour les outiller et les diffuser.» Transféreur, un métier d’avenir ?

Article sur les « transféreurs » dans SLATE / Korii (juillet 2019)

Le webjournal Slate.fr Korii pubie un article sur les « transféreurs » issus de mon étude de 2018. Céline Husétowski, la journaliste, est allée interwiever des enquêtés, afin de d’écrie cet article original.

L’article peut être consulté directement en ligne : https://korii.slate.fr/et-caetera/entreprise-transfereurs-ecologie-sociologie-developpement-durable-lieu-travail

Les «transféreurs», ces écolos qui imposent leurs pratiques au boulot

Pour certain·es salarié·es, revoir ses habitudes à la maison ne suffit pas: il faut aussi sensibiliser au développement durable sur son lieu de travail.

Lorraine* est manager dans le secteur de la logistique. Son métier n’a rien à voir avec l’écologie et pourtant, elle est devenue la référente zéro papier pour son entreprise.

Pour le sociologue Gaëtan Brisepierre, à l’origine du terme de «transféreur» et auteur avec Anne Desrues d’une étude sur le sujet«ceux qui transfèrent leurs pratiques écologiques au bureau n’ont pas nécessairement un métier lié à l’écologie, mais vivent une rupture à un moment dans leur vie qui modifie leur comportement».

«Ça peut être un changement de poste, un déménagement de bureau, un changement fort dans la vie personnelle qui amène à chercher du sens dans ses pratiques», précise-t-il.

Dissonance cognitive

Après son divorce et la lecture du livre Zéro déchet, Lorraine a revu toutes ses habitudes. Elle a commencé à acheter en vrac, investi dans des composteurs et réduit sa consommation d’énergie. «Je me suis rendue compte que finalement, on n’avait pas besoin d’être en T-shirt à la maison en hiver», plaisante-t-elle.

Au fur et à mesure de sa transformation, elle s’est sentie de plus en plus en décalage par rapport aux pratiques de consommation de son entreprise.

«À un moment, la façon dont on vit au travail et celle dont on vit chez soi seront trop différentes, et cela va créer un problème de sens dans son travail.»

GAËTAN BRISEPIERRE, SOCIOLOGUE

«J’ai finalement décidé de faire comme à la maison, raconte-t-elle, et j’ai apporté ma serviette à main pour les toilettes, ma gourde et ma serviette en tissu pour la cantine. Puis progressivement, j’ai essayé de faire changer les mentalités sur la consommation de papier.»

Un nombre croissant de salarié·es vivraient comme Lorraine cette dissonance cognitive. «À un moment, la façon dont on vit au travail et celle dont on vit chez soi seront trop différentes, et cela va créer un problème de sens dans son travail», analyse Gaëtan Brisepierre.

A côté de son travail, Lorraine s’est investie dans l’associatif et forme des volontaires au zéro déchet. Selon le sociologue, elle fait partie du segment de la population qui porte le changement: «Elle a un profil de militant, c’est celui que l’on rencontre le plus souvent chez les transféreurs en entreprise.»

«C’est souvent une personne très investie qui va venir en vélo, va essayer de fabriquer ses produits d’entretien elle-même, avoir un potager ou s’engager dans une association», décrit-il.

Motivations financières

Sur le lieu de travail, la priorité reste avant tout les objectifs professionnels, ceux listés dans la fiche de poste. Le personnel n’est pas intéressé sur les éventuelles économies d’énergie, contrairement au domicile, où tout centime économisé a un impact en fin de mois.

«Quand vous faites des économies d’énergie ou de papier, ça se répercute sur le budget, mais ça n’a pas d’impact sur le salaire», relève Gaëtan Brisepierre. Certains transféreurs choisissent alors de s’attaquer au porte-monnaie pour faire évoluer les mentalités.

L’un des plus importants postes de dépenses pour les salarié·es réside dans leur véhicule personnel, souvent une voiture. En 2016, la voiture personnelle de Paulo De Araujo, ingénieur en électronique chez Airbus, tombe en panne: c’est le déclic.

Avec un simple e-mailing, il regroupe proches et collègues pour obtenir un prix de groupe auprès d’un concessionnaire spécialisé dans les voitures électriques. Un premier succès pour l’ingénieur, dont l’action permet de faire changer les habitudes des employé·es sans aucune intervention de l’entreprise.

En 2017, le décret relatif à l’autoconsommation d’électricité favorise l’installation de panneaux solaires. Paulo De Araujo voit une nouvelle opportunité de participer à la transition écologique.

Sur son temps personnel, il renouvelle l’expérience mais professionnalise cette fois sa communication pour toucher plus de monde. «Dans une entreprise, certains ont des compétences, et c’est bien de les utiliser pour la communauté», s’enthousiasme-t-il.

Avec un autre collègue, l’ingénieur se rapproche de l’association de développement durable d’Airbus, Iodepour l’accompagner dans son projet. Il applique une méthodologie classique d’appel d’offres pour sélectionner une entreprise et organise des sessions d’information pour les collègues intéressé·es.

Finalement, plus de 220 personnes adhèrent au projet et s’équipent de panneaux solaires, pouvant servir à recharger les batteries de leur voiture ou produire l’électricité de leur maison.

«Grâce à cette campagne, on a fait sauter plein de freins psychologiques, se félicite Paulo De Araujo. Avant, beaucoup de gens n’osaient pas aller vers l’énergie verte par peur des arnaques.» Mais si son opération a eu autant de succès, c’est en partie grâce à l’avantage financier qu’elle a procuré au personnel. Que se passe-t-il si cette motivation n’existe pas?

Méthode douce

Florian Jutisz est lui aussi ingénieur en électronique. Très investi dans l’écologie, il avait proposé dans l’une de ses anciennes entreprises de supprimer les gobelets pour réduire la consommation de plastique.

«J’ai dû faire face à une levée de bouclier, se souvient-il. Certains salariés n’ont pas apprécié ce changement soudain. On a dû opter pour une autre méthode: sans gobelet, le café était gratuit; avec gobelet, le salarié devait le payer. Et ce principe-là, tout le mode l’a accepté.»

Selon lui, la manière la plus efficace de convaincre reste l’incitation dans la convivialité. Pour sensibiliser les salarié·es à prendre leur bicyclette, celui qui fait également partie de l’association 2 pieds 2 roues a organisé une journée vélo. «On a indiqué aux participants leur chemin pour qu’ils viennent facilement, et on a offert le petit déjeuner», raconte-t-il.

Lorraine, elle, mise plutôt sur le côté coaching. «J’avais lancé une démarche pour aller vers le zéro papier. On développe le numérique et pourtant, il y a plein de gens qui impriment leurs présentations PowerPoint en réunion», déplore-t-elle.

Lorraine se sert aussi indirectement de sa position de manager: «J’ai progressivement mis en place la signature électronique, puis je l’ai imposée pour tous les documents que je signe.»

La productivité l’emporte sur la conscience écologique, et ça ne pourra changer que s’il y a des taxes réglementaires.»

FLORIAN JUTISZ, INGÉNIEUR

Si Lorraine et Florian Jutisz ont choisi la méthode douce pour encourager des pratiques de développement durable, ils n’en rencontrent pas moins des obstacles. «Il y a des personnalités qui ne sont clairement pas intéressées par l’écologie car elles sont accrochées à leurs privilèges, regrette Florian Jutisz. Et ce sont souvent des personnes influentes. Elles voient l’écologie comme une contrainte et ont peur de ne plus avoir leur place de parking ou leur café Nespresso.»

Il existe des domaines où transformer les habitudes est plus compliqué, notamment l’alimentation ou les déplacements professionnels. «On a voulu inciter les salariés à prendre le train plutôt que l’avion pour les déplacements nationaux, mais sans grand succès, admet Florian Jutisz. La productivité l’emporte sur la conscience écologique, et ça ne pourra changer que s’il y a des taxes réglementaires.»

Mister Green

Depuis que Lorraine a été identifiée comme madame zéro papier par ses collègues, on la perçoit autrement: «Sur mon image d’entreprise, on va dire que ça me donne une étiquette de plus. […] Quand certains salariés me croisent dans les couloirs, ils me disent: toi, tu es ma conscience», rigole-t-elle. Florian Jutisz a pour sa part hérité du surnom de «Mister Green», qu’il accepte volontiers.

Pour Gaëtan Brisepierre, ces profils qui s’investissent sont très utiles à l’entreprise:«Ils vont créer de l’interaction entre les services et donner du sens au travail. Le lieu de travail va être investi différemment et devient moins impersonnel. Et puis à partir du moment où l’on peut être en accord avec ses valeurs sur son lieu de travail, on se sent beaucoup mieux, et ça limite le turnover

Lorraine et Florian Jutisz aimeraient bien travailler dans le secteur du développement durable, «mais cela impliquerait une baisse de salaire», reconnaît Lorraine. Florian Jutisz, de son côté, n’arrive pas à trouver un job dans ce «secteur trop galère», préfère avoir un travail sûr et faire de l’associatif à côté.

Gaëtan Brisepierre met toutefois en garde quant à l’institutionnalisation de ces phénomènes informels: «Il y a un risque de tuer la dynamique si on nomme des personnes à des postes de transféreur en chef avec une fiche de poste. Mais ça n’empêche pas qu’il faut qu’il y ait des missions écologiques transverses reconnues par l’employeur.»

Paulo De Araujo, lui, s’en sort bien. Après son projet autour des panneaux solaires, il a finalement été embauché à mi-temps par l’entreprise qui a remporté le marché. Il jongle désormais entre son poste d’ingénieur chez Airbus et son nouveau rôle d’apporteur d’affaires. Quand le courant passe…

* Le prénom a été changé.

Article : Les logements en location dans le privé, point dur de la rénovation énergétique ? Politique du logement, 2019

Le Plan Bâtiment Durable a lancé, il y a quelques mois, un groupe de travail sur le thème « Parc locatif privé et rénovation énergétique« . La rédaction d’une contribution a été l’occasion pour moi de rassembler mes connaissances et de proposer des réflexions sur ce « point dur de la rénovation énergétique ».

Pourquoi s’intéresse-t-on à ce sujet aujourd’hui ? Comment se positionnent les bailleurs privés vis-à-vis de la rénovation énergétique ? Les professionnels de l’immobilier ont-ils un rôle à jouer ? Comment les locataires peuvent-ils aussi être mobilisés ?

L’article a fait l’objet d’une publication en mai sur le site Politique du logement animé par Jean Bosvieux. Vous pouvez le retrouver ci-dessous ou le télécharger ici en PDF.  Pour les plus intéressés, n’hésitez pas à télécharger la version complète de ma contribution au groupe de travail (13 pages).

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