Résultats de la recherche-action sur CUBE 2020 : une voie pour la transition énergétique des bâtiments tertiaires

Logo CUBE 2020Le secteur tertiaire représente une partie non négligeable des bâtiments français, mais la progression de sa performance énergétique reste limitée. Le levier réglementaire n’a pas encore été activé (même si un « décret tertiaire » est en préparation) et les mécanismes de marché sont insuffisants car l’énergie ne représente qu’une faible partie du compte de résultats des organisations. Dans ce contexte, comment amener les organisations à s’engager dans un processus de transition énergétique pour leurs bâtiments de bureau ? C’est à cette question que le concours d’économie d’énergie CUBE 2020 apporte une réponse, en proposant une démarche volontaire où les salariés sont en compétition pour réduire sur un an leur consommation d’énergie sans recourir à des travaux. CUBE 2020 est donc un dispositif qui se base sur l’empowerment comme levier d’économie d’énergie, c’est à dire qu’il mise sur l’autonomie des acteurs tout en proposant un cadre pour favoriser l’action.

I. Moussaoui
I. Moussaoui

Dans le cadre de l’APR « Vers des bâtiments responsables à l’horizon 2020 » de l’ADEME, nous avons mené un projet de recherche-action, avec l’IFPEB (organisateur du concours) et EDF R&D. L’idée centrale du projet est de réaliser un retour d’expérience approfondi sur la première édition du concours, afin d’inspirer la définition de pistes d’actions favorisant la transition énergétique d’une organisation et plus généralement une stratégie nationale pour le secteur tertiaire. Nous publions les résultats de la phase recherche qui se base sur une étude qualitative et quantitative auprès des organisations candidates. Avec l’anthropologue Isabelle Moussaoui nous avons mené l’enquête auprès des organisateurs, et bien sûr des entreprises candidates ; tandis que la psycho-sociologue Delphine Labbouz-Henry a réalisé un questionnaire auprès des occupants des bâtiments participants. Le rapport complet ainsi que les pistes d’actions seront disponibles en septembre 2016.

Article : Les dynamiques sociales de rénovation énergétique dans l’habitat privé (2016)

La « rénovation énergétique » est un objectif des politiques publiques depuis plusieurs années, mais elle est ne décolle pas dans l’habitat privé (maisons individuelles et copropriétés). En effet, les incitations économiques ne sont pas un levier suffisant pour enclencher des décisions de travaux. C’est sur la base de ce constat que le Plan Bâtiment Durable a lancé en mars 2016 un groupe de travail (GT) intitulé « Nouvelles dynamiques de rénovation des logements«  dont l’objectif est de « proposer de nouveaux leviers pour entrainer les ménages et la filière à s’engager dans un dynamique de massification de la rénovation« . Cette initiative va dans le bon sens car l’idée de départ est bien de partir des logiques du consommateur pour construire de nouveaux dispositifs permettant de susciter « l’envie de rénover« .

Les deux présidents de ce GT, Frédéric Denisart (Ordre des architectes) et Jean-Pascal Chirat (Saint-Gobain) ont fait un appel à contribution auquel j’ai décidé de répondre en résumant ma vision de la rénovation énergétique. Je propose donc un article de 10 pages synthétisant de manière vulgarisée les principaux constats des études sociologiques sur la rénovation énergétique de ces dernières années. En effet, avant de pouvoir identifier de « nouvelles » dynamiques il m’a semblé utile de faire un point sur les dynamiques sociales existantes. Toutefois, pour remplir son objectif le GT devra relever un défi méthodologique car on peut s’interroger sur le fait qu’un « appel à contribution » suffise à l’identification de nouveaux leviers ?

Quelle appropriation des enquêtes sociologiques par les décideurs et les professionnels ?

Dans cet article que nous avons coécrit avec Stéphane Labranche et Vincent Renauld, nous avons souhaité revenir sur l’appropriation des résultats de certaines de nos enquêtes par les décideurs et les professionnels. Il fait suite à une intervention à trois voies lors du séminaire ACDD organisé en décembre 2014 à la Sorbonne « Recherche appliquée en SHS et acceptabilité du développement durable ». Notre réflexion tente de prendre du recul sur des controverses qui ont émergé ces dernières années autour des résultats de la sociologie de l’énergie, et de faire apparait la diversité de leurs usages par les acteurs sociaux.

Pour télécharger l’article : BRISEPIERRE G., LABRANCHE S., RENAUD V., Renverser la question de l’acceptabilité sociale. Modes de réception par les professionnels et décideurs des enquêtes sociologiques sur les projets urbains, 2015.

Résumé : La notion d’acceptabilité sociale porte habituellement sur les populations concernées par des projets. Dans cet article, nous proposons de renverser la question en nous intéressant à la réception des enquêtes sociologiques par les porteurs de ces projets. Notre réflexion s’appuie sur le croisement de trois études sociologiques de terrain. Ces études s’intéressent à des projets urbains du territoire grenoblois dont le point de départ est une interrogation sur leur acceptabilité sociale par les populations : une zone action prioritaire sur l’air, des bâtiments basse-consommations (un HLM et une copropriété). Pour chacun des trois cas les auteurs présentent respectivement le contexte de l’étude, les principaux résultats, et surtout les réactions des décideurs et professionnels à l’exposé de ces résultats. Le croisement de ces témoignages permet d’aboutir à une typologie des modes de réception des enquêtes sociologiques par les acteurs sociaux. L’instrumentalisation où les résultats viennent conforter les stratégies existantes, la controverse quand les études conduisent à des prises de position multiples, l’innovation quand la recherche participe à l’élaboration de nouvelles pratiques professionnelles. Cette pluralité des formes d’appropriation des connaissances sur les populations concernées par les projets montre que le problème de l’acceptabilité sociale se pose également pour les acteurs porteurs de ces projets.

 

L’accompagnement des habitants vu par les professionnels du bâtiment et de l’habitat (rapport 2015)

Accompagnement-des-habitants-219x310Leroy Merlin Source en partenariat avec l’ADEME vient de publier mon dernier rapport de recherche avec sa synthèse sur le thème de « L’accompagnement des habitants : une évidence à déconstruire ». A l’origine de ce travail, il y a le constat que chez les professionnels du bâtiment et de l’habitat, cet accompagnement s’est imposé comme LA solution aux divers problèmes posés par l’efficacité énergétique : effet rebond, passage à l’acte, acceptabilité sociale… Les sociologues sont en partie responsables puisque leurs travaux mettent en lumière les décalages entre les projets techniques et les usages quotidiens. Alors certains professionnels se tournent vers les sociologues en leur demandant : « comment accompagner au mieux les habitants dans le cadre de mon projet ? ».

Si cette question est bien le point de départ de cette recherche, elle propose d’y répondre en faisant un détour. En effet, j’ai voulu interroger les professionnels eux-mêmes sur cette activité d’accompagnement des habitants, afin d’en comprendre leurs représentations et de recueillir les pratiques émergentes. J’ai ainsi réuni 23 professionnels de toute la chaîne de l’habitat lors de 4 groupes de discussion au cours desquels je leur ai proposé des exercices d’expression tels que le portrait chinois, le concassage, planter et sublimer… qui ont permis d’aborder aussi bien le rationnel que l’imaginaire, l’opinion collective que l’expérience individuelle.

Les résultat de ce travail constitue une base de réflexion commune pour qui voudrait se pencher sur la question de l’accompagnement des habitants par les professionnels du bâtiment et de l’habitat. L’étude aborde :

  • les représentations, à travers les figures animales de « l’habitant » et filmiques de l’accompagnement », ainsi que les diverses fonctions de l’accompagnement des habitants ;
  • les pratiques en s’intéressant à l’expérience des professionnels dans l’accompagnement des habitants : ses différentes formes et son organisation, les changements de posture et les points clé de la démarche ;
  • les perspectives de développement  font consensus car elles renvoient à des enjeux variés, mais elles supposent des changements d’organisation du secteur et une autre façon d’envisager la création de valeur.

le chatJe souhaiterais remercier ici tous les professionnels qui ont accepté de me donner de leur temps afin de contribuer à cette recherche. Je voudrais également témoigner ma reconnaissance aux partenaires de cette recherche que sont l’ADEME et Leroy Merlin, éminemment concernés par le sujet dans le cadre de leurs activités respectives. Albane Gaspard et Denis Bernadet ont été un soutien important aussi bien sur le plan de la réflexion, que sur celui du recrutement et de l’animation des groupes. L’étude a été présentée une première fois lors des 3ème Assises de l’Habitat, et je peux la présenter dans d’autres cadres.

Lire la sociologie de l’énergie en 2 actes (Septembre 2015)

Cette rentrée 2015 est l’occasion pour moi de mettre en avant des publications récentes auxquelles j’ai eu la chance de contribuer. Il s’agit de deux « sommes » qui présentent les nombreux travaux sur l’énergie effectués ces cinq dernières années par les chercheurs en Sciences Humaines et Sociales. De part leur relative exhaustivité ces publications constituent deux références incontournables pour tous ceux qui souhaitent mieux comprendre les enjeux humains soulevés par la transition énergétique.

Couverture CNRSSociologie de l’énergie : Gouvernance et pratiques sociales, est un livre collectif publié aux éditions du CNRS et dirigé par Marie-Christine Zélem et Christophe Beslay. Il rassemble principalement les contributions des participants aux 1ères Journées Internationales de Sociologie de l’Énergie qui ont eu lieu à Toulouse en octobre 2012. Il regroupe une quarantaine d’articles détaillés sur les approches théoriques, la gouvernance, l’innovation, les usages, le changement en matière d’énergie, le tout sur un peu moins de 500 pages. Il peut être commandé sur le site du CNRS pour le prix de 50 €.

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Les actes des 2èmes Journées Internationales de Sociologie de l’Énergie de Tours en juillet 2015 sont déjà disponibles en ligne. Christèle Agessond et Jean-Philippe Fouquet ont fait un important travail pour regrouper les communications en amont du colloque. Le volume distribué lors de la manifestation présente une centaine d’articles courts sur toutes les thématiques transversales à l’énergie ayant animé le colloque : politiques publiques, bâtiments et mode d’habiter, mobilité, engagement et mobilisation , travail, méthodologie… Le format en 4 pages rend ce document tout à fait accessible à la lecture !

Je vous souhaite à tous une bonne lecture !