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Les articles de Gaëtan Brisepierre
sur la transition énergétique et écologique

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Les défis de l’efficacité énergétique en Languedoc-Roussillon (RIR, 2012)

    Aujourd’hui est lancé le débat national sur la transition énergétique, qui va donner une nouvelle impulsion nationale, mais les échanges au niveau régional ont une importance capitale car ce sont les acteurs du territoire qui auront à mettre en oeuvre les orientations prises. Cet échelon est d’autant plus central qu’il fait le lien entre décisions politiques et destinataires ultimes, les citoyens et les habitants.

    Les partenaires des RIR, ont rappelé en introduction, les grandes caractéristiques régionales dont la plus faible consommation d’énergie par habitant au niveau national en raison d’un climat favorable et de la forte part des services dans l’économie. Malgré cette réalité, la Région LR s’est fixée un objectif de diminution des consommations de 50 % d’ici à 2050 car au-delà des enjeux environnementaux il y a des enjeux économiques et sociaux, pour une région où le revenu par habitant est plus faible que la moyenne nationale. La transition énergétique est donc une vraie opportunité de développement économique par des créations d’emploi et un facteur de protection contre la vulnérabilité des ménages impactés par l’étalement urbain.

    En filigrane de la conférence : la sociologie de l’énergie ! Une approche originale de l’efficacité énergétique, plus souvent abordée par la technique et l’économie. Pour comprendre les conditions sociales de la transition énergétique, il faut : mettre au centre l’habitant et ses usages, développer une « réflexivité énergétique » en identifiant l’impact des comportements pour les faire évoluer, prendre en compte les « pratiques thermiques » dans la conception et dans le cas de rénovation en copropriété, valoriser le rôle des « leaders énergétiques », véritables moteurs des projets.

    Aujourd’hui deux bailleurs ont présenté des dispositifs d’accompagnement en rénovation BBC : visites à domicile assurées par une association de médiation sociale pour inciter aux bonnes pratiques pour l’OPH Perpignan Méditerranée. Logements témoins pédagogiques, pour les rénovations très importantes, mis en place par Hérault Habitat en partenariat avec EDF. Contrairement aux travaux ces démarches ne bénéficient pas de financement public, on comprend alors qu’il soit difficile de passer à l’étape supérieure de la participation des habitants à la conception exprimée par la CLCV pour que l’habitant ne soit plus seulement l’objet mais aussi le sujet des rénovations en HLM, car lui aussi contribue au financement de ces travaux à travers la « troisième ligne » de la quittance.

    La question du financement est d’autant plus centrale dans les opérations d’efficacité énergétique, que les bénéfices économiques ne sont pas toujours évidents et immédiats pour les habitants. Le « surcoût » de l’efficacité énergétique n’est pas toujours facile à isoler du reste des coûts d’une rénovation ou d’une construction, mais des marges de manoeuvre existent, notamment au niveau européen. L’Union Sociale pour l’Habitat a rappelé que des fonds comme le FEDER étaient sous-utilisés et que ces budgets allaient augmenter dans les années à venir (nouvelle feuille de route de l’UE). En outre, une réflexion est à mener sur des aides sociales comme l’APL qui pourraient intégrer des critères de performance énergétique des logements pour limiter le fléau des impayés. Cependant les efforts de la collectivité ne pourront véritablement porter leurs fruits au niveau des habitants que si les opérations accompagnent une transformation des usages des bâtiments.

    L’usage d’un bâtiment ne concerne pas seulement les habitants, il implique aussi tous les acteurs de sa gestion et de son exploitation. Cette activité n’est toujours pas valorisée par les acteurs politiques : « on vient inaugurer une construction mais pas 40 ans d’exploitation ». L’une des façons d’appréhender l’efficacité énergétique d’un bâtiment en phase d’exploitation est de mettre en place une campagne de mesure des consommations. Une démarche encore inhabituelle mais que cherche à développer l’ADEME qui participe à un suivi national des performances du BBC et dans laquelle une vingtaine de bâtiments de la région ont déjà été instrumentés. Des initiatives similaires ont déjà été prises dans les lycées de la région qui ont permis de montrer que le « tout automatique » n’était pas le plus économe. Plutôt que de se substituer aux occupants, il est plus efficient de leur laisser un interrupteur tout en installant un détecteur de présence en cas d’oubli. Comme l’a rappelé la Ville de Montpellier, c’est toute la démarche conception qui doit se mettre au service des usages, ceux des habitants comme ceux des exploitants, si l’on veut atteindre les niveaux de performance attendus.

    Au final, la démarche sociologique contribue à une dynamique déjà engagée par les acteurs du territoire afin de développer « une maîtrise d’usage », pour reprendre le titre de ces rencontres. À travers l’observation et l’analyse des pratiques sociales, elle participe à la circulation du sens des usagers vers les concepteurs, et complète les retours d’expérience issue des campagnes de mesure. Si l’on ne donne pas plus de place à ces démarches qui partent du terrain, il sera difficile de passer du désir à la réalité, des exigences réglementaires à des performances réelles, et de mettre en oeuvre la transition énergétique.

    Gaëtan Brisepierre

    Sociologue spécialiste de l’énergie

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