Quelle appropriation des enquêtes sociologiques par les décideurs et les professionnels ?

Dans cet article que nous avons coécrit avec Stéphane Labranche et Vincent Renauld, nous avons souhaité revenir sur l’appropriation des résultats de certaines de nos enquêtes par les décideurs et les professionnels. Il fait suite à une intervention à trois voies lors du séminaire ACDD organisé en décembre 2014 à la Sorbonne « Recherche appliquée en SHS et acceptabilité du développement durable ». Notre réflexion tente de prendre du recul sur des controverses qui ont émergé ces dernières années autour des résultats de la sociologie de l’énergie, et de faire apparait la diversité de leurs usages par les acteurs sociaux.

Pour télécharger l’article : BRISEPIERRE G., LABRANCHE S., RENAUD V., Renverser la question de l’acceptabilité sociale. Modes de réception par les professionnels et décideurs des enquêtes sociologiques sur les projets urbains, 2015.

Résumé : La notion d’acceptabilité sociale porte habituellement sur les populations concernées par des projets. Dans cet article, nous proposons de renverser la question en nous intéressant à la réception des enquêtes sociologiques par les porteurs de ces projets. Notre réflexion s’appuie sur le croisement de trois études sociologiques de terrain. Ces études s’intéressent à des projets urbains du territoire grenoblois dont le point de départ est une interrogation sur leur acceptabilité sociale par les populations : une zone action prioritaire sur l’air, des bâtiments basse-consommations (un HLM et une copropriété). Pour chacun des trois cas les auteurs présentent respectivement le contexte de l’étude, les principaux résultats, et surtout les réactions des décideurs et professionnels à l’exposé de ces résultats. Le croisement de ces témoignages permet d’aboutir à une typologie des modes de réception des enquêtes sociologiques par les acteurs sociaux. L’instrumentalisation où les résultats viennent conforter les stratégies existantes, la controverse quand les études conduisent à des prises de position multiples, l’innovation quand la recherche participe à l’élaboration de nouvelles pratiques professionnelles. Cette pluralité des formes d’appropriation des connaissances sur les populations concernées par les projets montre que le problème de l’acceptabilité sociale se pose également pour les acteurs porteurs de ces projets.

 

L’accompagnement des habitants vu par les professionnels du bâtiment et de l’habitat (rapport 2015)

Accompagnement-des-habitants-219x310Leroy Merlin Source en partenariat avec l’ADEME vient de publier mon dernier rapport de recherche avec sa synthèse sur le thème de « L’accompagnement des habitants : une évidence à déconstruire ». A l’origine de ce travail, il y a le constat que chez les professionnels du bâtiment et de l’habitat, cet accompagnement s’est imposé comme LA solution aux divers problèmes posés par l’efficacité énergétique : effet rebond, passage à l’acte, acceptabilité sociale… Les sociologues sont en partie responsables puisque leurs travaux mettent en lumière les décalages entre les projets techniques et les usages quotidiens. Alors certains professionnels se tournent vers les sociologues en leur demandant : « comment accompagner au mieux les habitants dans le cadre de mon projet ? ».

Si cette question est bien le point de départ de cette recherche, elle propose d’y répondre en faisant un détour. En effet, j’ai voulu interroger les professionnels eux-mêmes sur cette activité d’accompagnement des habitants, afin d’en comprendre leurs représentations et de recueillir les pratiques émergentes. J’ai ainsi réuni 23 professionnels de toute la chaîne de l’habitat lors de 4 groupes de discussion au cours desquels je leur ai proposé des exercices d’expression tels que le portrait chinois, le concassage, planter et sublimer… qui ont permis d’aborder aussi bien le rationnel que l’imaginaire, l’opinion collective que l’expérience individuelle.

Les résultat de ce travail constitue une base de réflexion commune pour qui voudrait se pencher sur la question de l’accompagnement des habitants par les professionnels du bâtiment et de l’habitat. L’étude aborde :

  • les représentations, à travers les figures animales de « l’habitant » et filmiques de l’accompagnement », ainsi que les diverses fonctions de l’accompagnement des habitants ;
  • les pratiques en s’intéressant à l’expérience des professionnels dans l’accompagnement des habitants : ses différentes formes et son organisation, les changements de posture et les points clé de la démarche ;
  • les perspectives de développement  font consensus car elles renvoient à des enjeux variés, mais elles supposent des changements d’organisation du secteur et une autre façon d’envisager la création de valeur.

le chatJe souhaiterais remercier ici tous les professionnels qui ont accepté de me donner de leur temps afin de contribuer à cette recherche. Je voudrais également témoigner ma reconnaissance aux partenaires de cette recherche que sont l’ADEME et Leroy Merlin, éminemment concernés par le sujet dans le cadre de leurs activités respectives. Albane Gaspard et Denis Bernadet ont été un soutien important aussi bien sur le plan de la réflexion, que sur celui du recrutement et de l’animation des groupes. L’étude a été présentée une première fois lors des 3ème Assises de l’Habitat, et je peux la présenter dans d’autres cadres.

Lire la sociologie de l’énergie en 2 actes (Septembre 2015)

Cette rentrée 2015 est l’occasion pour moi de mettre en avant des publications récentes auxquelles j’ai eu la chance de contribuer. Il s’agit de deux « sommes » qui présentent les nombreux travaux sur l’énergie effectués ces cinq dernières années par les chercheurs en Sciences Humaines et Sociales. De part leur relative exhaustivité ces publications constituent deux références incontournables pour tous ceux qui souhaitent mieux comprendre les enjeux humains soulevés par la transition énergétique.

Couverture CNRSSociologie de l’énergie : Gouvernance et pratiques sociales, est un livre collectif publié aux éditions du CNRS et dirigé par Marie-Christine Zélem et Christophe Beslay. Il rassemble principalement les contributions des participants aux 1ères Journées Internationales de Sociologie de l’Énergie qui ont eu lieu à Toulouse en octobre 2012. Il regroupe une quarantaine d’articles détaillés sur les approches théoriques, la gouvernance, l’innovation, les usages, le changement en matière d’énergie, le tout sur un peu moins de 500 pages. Il peut être commandé sur le site du CNRS pour le prix de 50 €.

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Les actes des 2èmes Journées Internationales de Sociologie de l’Énergie de Tours en juillet 2015 sont déjà disponibles en ligne. Christèle Agessond et Jean-Philippe Fouquet ont fait un important travail pour regrouper les communications en amont du colloque. Le volume distribué lors de la manifestation présente une centaine d’articles courts sur toutes les thématiques transversales à l’énergie ayant animé le colloque : politiques publiques, bâtiments et mode d’habiter, mobilité, engagement et mobilisation , travail, méthodologie… Le format en 4 pages rend ce document tout à fait accessible à la lecture !

Je vous souhaite à tous une bonne lecture !

Retour sur les Journées de Sociologie de l’énergie (août 2015)

Les 2èmes Journées Internationales de Sociologie de l’Énergie qui se sont tenues à Tours début juillet ont dépassé les espérances des organisateurs, malgré une chaleur torride ! Au niveau quantitatif, 160 communicants et 350 participants reflétant le succès croissant de cette approche de l’énergie mais aussi la diversité des publics intéressés qui va au delà des chercheurs : collectivités territoriales, industriels, distributeurs, consultants, associations, architectes et bureaux d’études… Au niveau qualitatif surtout, un foisonnement d’idées nouvelles et d’échanges fructueux sur les multiples thèmes touchant à l’énergie, ainsi que de nombreuses rencontres croisées entre chercheurs et professionnels. En guise de bilan personnel je souhaiterais mettre en avant 2 points qui marquent pour moi la réussite de ces journées.

Premièrement, la matinée consacrée aux enjeux de l’usage de l’énergie a sans conteste été le principal temps fort du colloque à double titre. D’une part, il me semble assez inédit qu’au cœur d’un colloque académique la parole soit donnée aux acteurs sociaux qui portent la demande de sociologie de l’énergie. Lors des deux tables rondes rassemblant des industriels puis des acteurs des territoires, ces « usagers » de la sociologie de l’énergie ont pu exprimer les enjeux qui les poussent à faire appel à cette discipline. A travers des exemples concrets de recherche ou d’étude, ils ont expliqué comment se construit la valeur d’usage de ces connaissances dans leurs organisations mais aussi les limites des interventions des sociologues. Un grand merci aux 10 participants à ces tables rondes de s’être prêtés au jeu !

La table ronde des acteurs du marché animée par Dominique Desjeux

Photo JISE Table ronde

Photo de Philippe MalleinD’autre part, cette matinée a été introduite par une conférence de Philippe Mallein (télécharger le texte), qui a été l’un des principaux initiateurs de la sociologie des usages en France et dont les travaux de recherche appliquée ont accompagné toute la transition numérique depuis les années 70. Son intervention a été riche d’analogies avec la transition énergétique car dans les deux cas il s’agit bien d’innovation. Nous retiendrons en particulier la distinction qu’il propose entre deux logiques de conception : recherche de performance techno-sociale versus cohérence sociotechnique. Ainsi que sa conclusion pleine d’humour s’appuyant sur une BD des Bidochon au prise avec les contraintes d’usage des ampoules basse-consommation.

Le deuxième élément marquant de ces Journées est pour moi la participation de nombreux professionnels au colloque. D’abord par leur présence dans le public : lorsque je posais la question en atelier les chercheurs étaient toujours minoritaires. Ensuite par leur participation intense et constructive aux échanges qui suivaient les communications. Enfin et surtout, par les communications que certains professionnels ont réalisées au titre d’un exercice de réflexivité sur leur propres pratiques à partir d’une intégration des recherches en sociologie. Cela montre que la diffusion de la sociologie de l’énergie ne passe pas exclusivement par l’exposé de ses résultats bruts mais par une appropriation de son approche et de ses méthodes par les professionnels eux-mêmes.

A titre d’illustration, j’ai eu l’occasion d’animer un atelier où aucun des intervenants n’était sociologue : « Des méthodes pour accompagner ». Chacun d’entre eux a exposé la façon dont la sociologie de l’énergie a été la base d’un renouvellement de leurs pratiques professionnelles. A gauche sur la photo, Pascal Lenormand, ingénieur thermicien, a expliqué la remise en cause épistémologique que représente la prise en compte de la dimension subjective et interactive du confort. Au milieu, Ludovic Gicuel, a illustré l’émergence du nouveau métier qu’il pratique comme Assistant à Maitrise d’Usage. A droite, Marika Frenette et Delphine Saint- Quentin ont exposé leur méthodologie de conception participative et ses fondements.

Les communicants de l’atelier « Des méthodes pour accompagner »

Photo JISE Atelier accompagnementA côté de ces points forts, quelques pistes de progrès peuvent être évoquées même s’il reste difficile de concilier les attentes d’un public très divers. Il en ressort la possibilité d’afficher plus clairement le positionnement du colloque sur le dialogue chercheurs – professionnels (plutôt que l’aspect international). Ce choix permettrait alors d’adapter le format en distinguant clairement des temps académiques et des interfaces de traduction  proposant des modalités d’animation plus interactives. Nous vous donnons rendez-vous en 2017 pour les 3èmes JISE, vraisemblablement en région parisienne,  afin de poursuivre ensemble cette passionnante aventure.

JISE 2015 : Inscription et programme (Tours du 1 au 3 juillet)

affiche_JISE2015_web« Les sociétés contemporaines à l’épreuve des transitions énergétiques » est le titre choisi pour cette seconde édition des Journées Internationales de Sociologie de l’Énergie qui se dérouleront à l’Université François Rabelais de Tours du 1er au 3 juillet 2015. Pendant ces trois journées foisonnantes 160 chercheurs et professionnels viendront présenter des communications sur tous les thèmes clés qui font la transition énergétique aujourd’hui. Retrouvez maintenant le programme complet !

Que vous soyez professionnel, agent public, étudiant, élu, chercheur, consultant ou simplement citoyen concerné par la transition énergétique vous y trouverez forcément votre compte. Alors ne tardez pas à vous inscrire ! Le prix de l’inscription comprend les déjeuners, les pauses cafés, et le volume des résumés. En cas de difficultés techniques ou financières n’hésitez pas à contacter les organisateurs au numéro indiqué.

Dans le cadre du colloque, la matinée du jeudi 2 juillet sera consacrée aux enjeux des usages de la sociologie par les acteurs de la transition énergétique.

1) Elle sera ouverte par une conférence introductive de Philippe Mallein, sociologue spécialiste de « l’innovation par les usages » qui reviendra sur la méthode CAUTIC de « conception assistée par les usages » pour laquelle il a reçu le prix cristal du CNRS en 2000. Il nous proposera également des pistes de réflexion autour de la diffusion des Nouvelles Technologies de l’Énergie (NTE).

2) Puis suivrons deux tables rondes avec des « usagers » de la sociologie qui viendront témoigner à partir d’exemples concrets des apports de la sociologie à la réflexion sur la transition énergétique. La première sera consacrée aux acteurs du marché et animée par Dominique Desjeux, j’animerai la seconde qui fera intervenir des acteurs des territoires.

Démarrage de SOCIOCUBE : étude sociologique sur un concours d’économie d’énergie dans le tertiaire

Depuis quelques années se développe une nouvelle modalité d’action en matière d’économie d’énergie : le concours. Ainsi, dans le logement Famille à Énergie Positive connait un grand succès et permet d’activer une dynamique sociale de changement chez les participants, comme l’a montré une étude que nous avons réalisée en 2013. Il n’aura pas fallu longtemps pour qu’un dispositif comparable se développe dans le tertiaire, ainsi l’Institut Français pour la Performance Énergétique des Bâtiments (IFPEB) propose aux entreprises de participer à CUBE 2020.

Logo CUBE 2020La première édition de CUBE 2020 s’est achevée fin décembre 2014 a réuni plus de 74 bâtiments appartenant à 25 entreprises différentes. Sur une année, les équipes de salariés avaient pour objectif de réaliser un maximum d’économie d’énergie sans faire de travaux, uniquement par la mobilisation des salariés, et l’amélioration du pilotage de l’exploitation. Compte tenu de la très grande variété de profil des candidats (de la PME au Groupe en passant par l’administration), les résultats sont significatifs puisque la moyenne se situe à 10 % et les meilleurs scores dépassent les 20 %.

Afin de mieux décrypter les mécanismes à l’œuvre dans ce concours j’ai proposé un projepicto-construction21_72pppt de recherche, en partenariat avec Cédric Borel de l’IFPEB, qui est financé dans le cadre d’un APR ADEME. Avec l’aide d’Isabelle Moussaoui (EDF R&D) nous allons réaliser d’ici à l’été 2015, un terrain d’étude qualitative sur les porteurs du concours dans les entreprises candidates, et Delphine Labbouz-Henry proposera un questionnaire quantitatif auprès de tous les collaborateurs impliqués. Les résultats de cette étude seront publiés et utilisés dans le cadre d’ateliers pour réfléchir à une stratégie nationale de mise en mouvement du secteur tertiaire.

Si vous êtes vous-même membre d’une organisation (entreprises, administration, université…) et que vous souhaitez participer à CUBE 2020, sachez que la deuxième édition commence en juillet 2015 et que les inscriptions sont ouvertes !

JISE 2015 : découvrir en avant-première deux communications sur les BBC et les smart-grids

Dans le cadre des 2èmes Journées Internationales de Sociologie de l’Énergie, le comité d’organisation a choisi de publier les actes en même temps que la tenue du colloque. Ainsi tous les communicants ont été invités à rédiger dans un format court de 4 pages, un article restituant le contenu de leur communication, une façon de préparer leur prise de parole. Pour ma part cet exercice a été l’occasion de revisiter les résultats de deux recherches réalisées en tant que sociologue indépendant, que je présenterai dans le cadre d’ateliers et dont je vous propose de découvrir le texte sans attendre.

Une recherche sur les campagnes de sensibilisation à la MDE et l’usage des outils de suivi des consommation qui vont être amenés à se développer avec le déploiement des compteurs communicants. « L’appropriation du suivi des consommations d’énergie et ses conditions d’efficacité sur les pratiques habitantes ». Je la présenterai le mercredi 1er juillet à 17h30 lors d’un atelier intitulé « Information et accompagnement : quels outils, quels enjeux » avec Stéphane La Branche et Éveline Cordeau nous reviendrons sur les enseignements du Défi Famille à Énergie Positive.

Une recherche sur la performance énergétique issue d’enquêtes de terrain sur les « BBC pionniers » construit par Thierry Roche en Région Rhône-Alpes. « Les conditions sociales et organisationnelles d’une performance énergétique in vivo dans les bâtiments neufs » (voir aussi à ce sujet une vidéo réalisée par LMS). Je présenterais cette communication le vendredi 3 juillet à 14h lors d’un atelier consacré a « Habiter un bâtiment performant » en compagnie de Vincent Renauld-Giard et Marie Mangold qui ont tous les deux réalisé des enquêtes de terrain sur des bâtiments performants.

 

JISE 2015 : témoignages des partenaires

Les 2èmes Journées Internationales de Sociologie de l’Énergie se tiendront à l’Université François Rabelais de Tours du 1er au 3 juillet 2015. Nous avons reçu le soutien de nombreux partenaires sans l’aide desquels nous n’aurions pas pu organiser cet évènement. Le nombre et la diversité de ces acteurs est l’indice d’une prise de conscience grandissante de l’importance de la « part sociale » de la transition énergétique, au delà des dimensions techno-économiques.  Ces partenaires appartiennent à 5 univers :

  • organismes de recherche : CNRS, AFS, AISLF, AARHSE
  • administrations publiques : Caisse des Dépôts, Plan Bâtiment Durable, PUCA, ADEME, Parcs Naturels Régionaux
  • énergéticiens : Engie (ex-GDF Suez), EDF, GrDF, Fédération des EPL
  • bâtiment et habitat : Saint-Gobain, Leroy Merlin, Union Sociale pour l’Habitat
  • acteurs locaux : Région Centre, Tours Plus, SIEIL, Envirobat Centre, Tours Plus

Vous pouvez retrouver sur le site des JISE les témoignages vidéos des partenaires qui explicitent les raisons qui les poussent à soutenir le colloque.

Marie Reine Coudsi, Directrice de l’éditorial et des savoirs habitants chez Leroy Merlin France, elle est la fondatrice du réseau de recherche Leroy Merlin Source.

Anthony Mazzenga, Délégué Stratégie chez GrDF, qui a commandité de nombreuses études sociologiques, notamment dans le cadre d’une convention avec l’ADEME également partenaire des JISE.

Merci à eux pour leur soutien !

Ecouter le séminaire sur l’acceptabilité sociale de la sociologie dans les organisations (ACDD – Décembre 2014)

Le séminaire que j’ai organisé en décembre 2014 (programme) a été l’occasion d’interroger la place de la sociologie dans les organisations qui participent à la transition énergétique. Il a réuni plusieurs sociologues praticiens de la recherche appliquée travaillant dans ou avec des organisations variées : institutions publiques, entreprises, associations… Vous pouvez écouter ci-dessous leurs récits d’expérience qui visaient à répondre à trois questions : Quelles sont le conditions de production de la recherche appliquée en sociologie ? Quels sont les modes de réception de ces recherches par les organisations et comment peut-on en appréhender les effets ? En retour, comment les organisations transforment-elles les pratiques des sociologues, voir questionnent leur identité ?

Gaëtan Brispierre, sociologue indépendant, Introduction du séminaire, « De l’acceptabilité sociale de la transition énergétique à l’acceptabilité de la sociologie par les organisations »

 

Delphine LABBOUZ- HENRY, doctorante en psychologie sociale de l’environnement à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense et chargée de missions R&D au Groupe Elithis : « Développer une approche psychosociale dans un bureau d’études spécialisé dans l’efficacité énergétique des bâtiments »

 

Sylvaine LE GARREC, Sociologue-urbaniste, Association des Responsables de Copropriété : « Pratiquer la recherche-action en sociologie dans une association de défense des copropriétaires impliquée sur les économies d’énergie »

 

Chantal DERKENNE, sociologue à l’ADEME : « Une décennie de recherche appliquée en sociologie dans une institution publique chargée de l’environnement et de l’énergie »

 

Gaëtan BRISEPIERRE, sociologue indépendant ; Stéphane LABRANCHE sociologue-politologue, Vincent RENAULD, ingénieur-sociologue : « Réception par les professionnels et les décideurs des enquêtes sociologiques sur des projets urbains : controverses et appropriation »

 

Quelques uns des éléments marquants sortis de la discussion avec la salle en présence de Dominique Desjeux, qui a suivi chacune des interventions  :

Sur les conditions de production de la recherche appliquée :

  • la pratique de la sociologie sur la transition énergétique dans les organisations privées est souvent liée à l’existence d’une commande publique (CIFRE, ADEME, PUCA, ANAH…), la frontière est donc poreuse.
  • le rôle du sociologue vis à vis de son commanditaire est aussi de réinterroger la commande, en déplaçant le problème, en modifiant le périmètre de raisonnement, de faire un détour afin de mieux répondre à la question.
  • la demande « d’opérationnalité » des commanditaires est ambivalente : la signification de ce mot varie, et l’injonction est plus forte au début de l’enquête qu’à la fin car le passage à l’action peut paraitre risqué.

Sur la réception des résultats de la recherche en sociologie :

  • les résultats d’études sociologiques ne sont pas facilement acceptés car ils augmentent la charge mentale du décideur qui n’a pas toujours les leviers pour agir sur les problèmes soulevés.
  • le sociologue produit une information qui va rentrer dans le jeu social de l’organisation (communication, marketing, lobbying…) comme dans le jeu social scientifique c’est à dire les controverses.
  • comme n’importe quel acteur, le sociologue a un travail d’intéressement à faire s’il veut diffuser les résultats de ses travaux.

Les effets des organisations sur les pratiques de recherche :

  • les compétences sociologiques se découvrent au contact des non-sociologues : organiser une recherche, formuler une problématique, faire un questionnaire / conduire un entretien, construire une typologie, capacité à élucider, avoir une vision systémique
  • il y a un besoin de formation des ingénieurs aux SHS (méthodes, notions…) afin d’améliorer la capacité à collaborer de façon interdisciplinaire
  • dans l’univers académique, il existe un flou sur le statut du chercheur privé et sa capacité à contribuer à la production de connaissance disciplinaire.

Merci à tous les participants et à Jerôme Boissonade pour sa proposition d’organiser cette séance du séminaire ACDD, retrouvez les prochaines ici

En 2015 : formez-vous à accompagner l’usage d’un bâtiment performant !

De part ma pratique de sociologue sur le sujet de l’énergie dans les bâtiments, je suis régulièrement sollicité par des acteurs pour les aider à mieux prendre en compte les usagers dans leur projet de construction ou de rénovation. J’ai toujours hésité à répondre seul à ces demandes légitimes car je considère que le rôle du sociologue est d’élucider une situation mais pas de la transformer. Pour parvenir à intégrer l’usage dans un bâtiment performant, il faut non seulement une compréhension des problèmes humains et organisationnels mais aussi des compétences en accompagnement du changement.

C’est de ce besoin de mise en commun des compétences pour répondre à de nouvelles demandes qu’est né le réseau AMUsage que nous avons créé en 2014 avec le lyonnais Ludovic Gicquel. Il s’agit d’un réseau informel de professionnels intéressés pour développer le métier « d’Assistance à Maîtrise d’Usage » pour les bâtiments performants, à partir de compétences très variées : sociologie, psycho-sociologie, conseil, animation, coaching, conduite du changement, formation, thermique, maîtrise d’ouvrage… Au fur et à mesure de nos échanges, nous avons décidé de passer à la vitesse supérieure !

A partir de 2015, nous proposons une formation « accompagner l’usage d’un bâtiment performant » destinée aux équipes engagées aux différents stades d’un projet de bâtiment performant. Sur 2 ou 3 jours, elle vise à leur transmettre la culture, la posture, et les outils nécessaires pour intégrer les usagers dans la conception comme dans la gestion du bâtiment. Grâce à la participation de plusieurs membres du réseau AMUsage, les sessions de formation combinent des apports théoriques issus d’études et d’expérimentations, avec des mises en situation permettant d’initier une dynamique entre les acteurs du projet.

N’hésitez pas à faire circuler cette proposition de formation, et à me contacter ou Ludovic Gicquel si vous souhaitez plus d’information ou êtes intéressé pour monter une session avec nous.