Gaëtan Brisepierre Sociologue

Interview : La sociologie de l’énergie (Mars 2012)

Interview donnée dans le cadre de Leroy Merlin Source

29. avril 2012 par keusman
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Interview : Les nouveaux comportements des copropriétaires face aux économies d’énergie (2012)

Interview sur le site Ecocopro.com

1. Quel est le sujet de votre thèse que vous venez de soutenir sous le titre « Les conditions sociales et organisationnelles du changement des pratiques de consommation d’énergie dans l’habitat collectif » ?

J’ai examiné, par des enquêtes de terrain dans les immeubles, toutes les pratiques liées à la consommation d’énergie pour comprendre dans quelle mesure les comportements des habitants pouvaient ou non contribuer à la transition énergétique.

Il s’agit non seulement des pratiques quotidiennes à l’intérieur de l’appartement, mais aussi de la façon dont les habitants participent à la gestion de l’immeuble et aux décisions de travaux. Cette dimension est essentielle dans les copropriétés car le parc de 8 millions de logements est confronté au difficile défi de la rénovation énergétique. J’ai notamment réalisé une enquête sur 22 copropriétés d’Ile de France déjà engagées dans une dynamique de travaux d’économies d’énergie.

Cette thèse a été réalisée sous la direction de Mr Dominique Desjeux, professeur d’anthropologie à l’Université de Paris Descartes – Sorbonne, et financée avec la participation de l’Etat et de la Direction de la Recherche et de l’Innovation de GDF Suez.

2. Quelle place peut avoir plus généralement « la sociologie de l’énergie » dans les copropriétés ?

Les premiers travaux de sociologie sur l’énergie en France datent des années 80 mais c’est vraiment depuis 10 ans que plusieurs chercheurs se sont spécialisés sur le sujet. Aujourd’hui, la sociologie de l’énergie est un champ scientifique qui ne bénéficie pas encore d’une reconnaissance académique, mais qui est en train de se structurer au niveau national et international, comme en témoigne les nombreux colloques sur le sujet en 2012.   

La sociologie peut aider les acteurs des économies d’énergie à innover et à ajuster leurs actions en fonction des observations faîtes sur de terrain. Ces acteurs ce sont les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les énergéticiens, les professionnels de l’habitat, les associations… Elle les aide à construire un cadre politique et économique favorable à la transition énergétique.

Ces acteurs ont très souvent une approche normative des problèmes, autrement dit, ils partent de ce qui devrait être au lieu de partir de ce qui est. La sociologie, telle que je la pratique, les prend à rebrousse poil en essayant de décrire le plus finement possible la réalité sociale, et d’en faire un point de départ pour les aider à élaborer des actions plus efficaces en matière d’économie d’énergie.

Je donne un exemple pour illustrer cette idée : aujourd’hui le gouvernement incite les copropriétaires à faire d’un seul coup l’ensemble des travaux de rénovation énergétique. Pour avoir un prêt à taux zéro il vous faut présenter un « bouquet de travaux » ! Dans les copropriétés où j’ai enquêté j’ai observé la logique inverse : les copropriétaires étalent les travaux d’économies d’énergie sur plusieurs années, car le projet est complexe à gérer et qu’il y a d’autres dépenses à faire dans une copropriété.  Du coup le système des bouquets de travaux exclut un grand nombre de copropriétaires.

Au lieu de rester accroché à un idéal technico-économique, les acteurs privés et publics seraient plus avisés de prendre la réalité sociale comme point de départ, et la sociologie peut les y aider.

3. Le syndic de copropriété est-il le seul moteur des économies d’énergie en copropriété ?

Franchement non ! Pourtant il y a un discours des fédérations nationales en faveur des économies d’énergie. Par exemple la FNAIM a pris des engagements sur le sujet, ou l’UNIS organise des concours de la copropriété la plus vertueuse. Mais sur le terrain, dans les agences, la situation est beaucoup plus difficile.

Ce n’est pas de la mauvaise volonté de la part des syndics, c’est un problème de modèle économique qui, actuellement, n’est pas compatible avec la prise en charge d’un projet de rénovation énergétique. D’abord, cela demande un énorme travail de préparation en amont du vote, alors que les syndics sont rémunérés seulement si les travaux sont votés.

Ensuite les syndics sont des comptables et des juristes mais n’ont pas les compétences techniques nécessaires pour piloter un projet de rénovation. Depuis 15 ans ils ont complètement abandonné la partie technique, par exemple en supprimant le métier d’inspecteur d’immeuble.

Dans les copropriétés qui avancent sur le sujet c’est l’engagement d’un copropriétaire bénévole qui constitue le moteur de la rénovation. J’ai proposé de les désigner par l’expression de « leader énergétique » car ce sont ces copropriétaires qui incarnent le projet aux yeux des habitants, qui coordonnent les différents professionnels, et compensent les défaillances du syndic.

Il y a deux choses importantes à prendre en compte sur ces « leaders ». La première c’est que l’on n’en trouvera pas dans les 8 millions de copropriétés à rénover. En effet ce sont des personnes ayant un profil très particulier qui expliquent d’ailleurs leur engagement sur le sujet. Ils ont des convictions écologiques même s’ils évitent de les afficher publiquement, et disposent de compétences, notamment techniques, qui les aident à s’approprier le sujet.

La seconde remarque sur les « leaders » est que dans la copropriété, cela ne mène à rien d’agir seul, car la copropriété est avant tout un collectif qui se vit comme une démocratie. Pour agir, le leader doit parvenir à enrôler le Conseil Syndical dont chacun des membres disposent de compétences propres et de son réseau de voisins avec qui il peut échanger sur le projet. Dans certaines copropriétés, la rénovation énergétique passe d’abord par un renouvellement du Conseil Syndical, voir un coup d’Etat quand le Président est vraiment réticent.

4. Est-il nécessaire d’organiser la formation des copropriétaires aux économies d’énergie et sous quelle forme ?

Je ne sais pas si les copropriétaires seraient prêts à passer du temps et à dépenser de l’argent pour se former. Mais ce qui est sûr c’est qu’ils ont besoin d’être accompagné car la rénovation énergétique ce n’est pas voter une dépense de plus mais mener une double révolution : organisationnelle et culturelle.

Une révolution organisationnelle car si les copropriétaires ne prennent pas en main eux même le projet de rénovation, rien ne se fera. Or ils sont habitués à se reposer sur le syndic qui joue souvent le rôle de « tuteur légal », là il faut au contraire prendre des initiatives et oser ! C’est un changement de mentalité, il faut passer d’une vision individualiste de l’immeuble, à une vision plus communautaire car l’immeuble constitue le patrimoine commun des copropriétaires.

Une révolution culturelle aussi car au départ les copropriétaires ont une vision plutôt simpliste de l’énergie : « Il suffit de tourner le bouton pour que ça marche ! ». La rénovation suppose des apprentissages techniques pour affronter la complexité des problèmes. Bien sûr cela concerne en premier lieu le leader et le Conseil Syndical, mais ces notions techniques doivent aussi faire l’objet d’une vulgarisation au niveau de tous les copropriétaires. Si vous ne connaissez pas la notion de « paroi froide » vous ne pouvez pas comprendre pourquoi l’isolation permet d’améliorer le confort !

Actuellement, c’est le monde associatif qui accompagne ces deux révolutions. Les associations qui gèrent les Espaces Info Energies jouent le rôle de médiateur avec les professionnels techniques, comme les bureaux d’études, qui n’ont pas l’habitude de travailler avec des particuliers. Les associations consuméristes comme l’ARC jouent notamment un rôle de contre-pouvoir vis-à-vis du syndic, bien utile aux copropriétaires pour se dégager de cette tutelle.

Le problème est que le tissu associatif n’est pas dimensionné pour accompagner la rénovation des 8 millions de logements en copropriété. La question qui se pose est de savoir quels acteurs vont prendre le relais pour passer à la phase industrielle de la transition énergétique en copropriété ?

5. Qu’appelle-t-on » l’effet rebond » en matière d’économies d’énergie et de développement durable dans les copropriétés et comment l’éviter ?

Les experts désignent par cette expression une surconsommation d’énergie à la suite de travaux, par rapport à ce qui avait été envisagé dans les calculs préalables. On a aujourd’hui assez peu de recul pour mesurer ces surconsommations, mais les premiers retours d’expérience montrent qu’elle peut être le double de ce qui était prévu. C’est très grave car bien souvent une partie du financement des travaux reposent sur le calcul des économies de charges.

Le discours actuel consiste à dire que ce sont les habitants qui sont responsables de ces surconsommations à cause d’un relâchement dans leurs comportements. C’est un peu trop facile ! Quand on regarde d’où viennent ces surconsommations, il y a aussi les malfaçons des entreprises lors des travaux. Un bon exemple est celui de la mauvaise étanchéité à l’air des cadres de fenêtre souvent posés à la va-vite car les poseurs sont payés à la pièce. Du coup les copropriétaires se retrouvent avec des fenêtres très performantes, mais surtout des fuites d’air qui les obligent au augmenter le chauffage.

Il y a aussi les problèmes de maintenance des installations collectives qui dégradent les performances énergétiques. Par exemple, après l’installation d’une nouvelle chaudière plus économe, le réseau de chauffage n’est pas équilibré et certains appartements se retrouvent avec des températures trop basses. Du coup, il faut augmenter le chauffage pour tout le monde afin que les moins favorisés aient un minimum de confort.

Bien entendu les comportements des habitants jouent aussi sur la consommation mais je ne formulerais pas le problème en termes de « relâchement ». C’est plutôt que les hypothèses prises dans les calculs sont irréalistes ! Par exemple, l’hypothèse d’une température de chauffage de 19°C alors que plusieurs études montre que la moyenne en France est plus élevée. En fait, on ne sait pas bien comment les gens se comporteront dans des bâtiments très isolés car on a encore trop peu d’exemple.

Pour éviter « l’effet rebond », la clé est dans l’engagement des habitants dans le projet de rénovation. D’une part pour effectuer un suivi précis des travaux et de la maintenance afin d’éviter les erreurs des entreprises. D’autre part, c’est l’adhésion des copropriétaires au projet qui va les amener à s’intéresser aux nouveaux équipements et les conduira d’eux même à adapter leurs gestes quotidiens. Cela ne sert à rien de vouloir « dresser » les habitants aux « bons » comportements, que l’on est de toute façon incapable de définir !

6. Que pensez-vous des obligations d’audit énergétique des copropriétés, obligatoire depuis le 01/01/2012 ?

Ils vont être obligatoires pour les immeubles de plus de 50 lots dotés d’un chauffage collectif, ce qui est loin d’être la majorité des logements en copropriété ! On ne traite donc que 15% du problème… Sinon les copropriétés de moins de 50 lots ou avec du chauffage individuel ne sont astreintes qu’à un diagnostic de performance énergétique collectif qui est beaucoup moins complet, insuffisant pour concevoir une rénovation.

Le choix de faire de l’audit une obligation légale est risquée car son intérêt repose sur la dynamique qu’il engendre au niveau de la copropriété et avec de nouveaux professionnels. Si les copropriétaires font un audit parce qu’ils y sont contraints cela risque de vider la démarche de son sens. Car ensuite ce n’est pas finit : il faut voter les travaux ! Et si la copropriété n’est pas mobilisée pour monter un projet de rénovation l’audit n’aura servi à rien.

7. Quels sont les facteurs qui peuvent influer sur les décisions des copropriétaires de se lancer dans un programme de travaux d’économies d’énergie? Croyez-vous à la « valeur verte » d’un appartement ou d’un immeuble en copropriété?

Je suis très sceptique sur cette notion de « valeur verte » du moins à court terme. D’abord, quand vous regarder les choix résidentiels des acheteurs, les premiers critères sont la surface et la localisation, le DPE vient loin derrière. D’ailleurs, il suffit de se rendre devant une agence immobilière pour constater que les agents ne sont pas très pressé pour afficher les DPE, c’est sûrement que cela ne constitue pas un critère primordial pour les acheteurs.

Ensuite, il y a en France une crise du logement qui se traduit par une hausse continue des prix de l’immobilier, en particulier dans certaines régions comme l’Ile de France. Quand vous êtes propriétaire d’un logement à Paris, sa valeur monte que vous fassiez des travaux ou pas… alors à quoi bon investir !

Enfin, la « valeur verte » c’est très théorique, sur le terrain c’est  beaucoup plus contrasté que ça. Dans les copropriétés, ceux qui ont l’intention de vendre sont en général les plus réticents aux travaux car ils sont ensuite utilisés par les acheteurs pour négocier à la baisse le prix de vente. Donc au final, la « valeur verte » c’est pour ceux qui ne veulent pas vendre, un bien beau paradoxe !

Pour moi le premier facteur qui peut influencer les décisions de rénovation énergétique, c’est l’évolution à la hausse du prix de l’énergie. Mais ce n’est pas suffisant car il y a des problèmes organisationnels, sinon, avec les fortes augmentations récentes, toutes les copropriétés seraient déjà en train d’isoler par l’extérieur, ce qui est loin d’être le cas.

A mon avis, l’évolution de la loi de 1965 est désormais une nécessité et pas seulement pour les économies d’énergies. L’ARC se bat depuis longtemps pour la mise en place d’un fond de travaux obligatoire. Il faut aussi s’interroger sur la légitimité d’une rémunération des syndics sur les travaux d’économie d’énergie quand on voit leur absence dans ces projets. La question qui est derrière est celle de l’émergence de nouveaux acteurs professionnels, plus à même d’accompagner les copropriétés dans la rénovation énergétique.

Du coté des professionnel du bâtiment, la question est de savoir s’ils vont accepter de prendre leur part de risque, qui est indissociable de toute innovation. Concrètement, vont-ils se lancer dans la mise en place de Contrat de Performance Energétique, garantissant les économies d’énergie ? Ces contrats ne seront peut-être pas tout de suite rentables car il y aura forcément des ratés, mais les copropriétaires aussi prennent des risques quand ils décident des travaux !

Enfin, un élément dont on parle moins souvent c’est le phénomène démographique actuel du « papy-boom » qui va libérer une force de travail importante de retraités. A cette étape de la vie les individus ont besoins de conserver des liens sociaux et sont nombreux à s’investir bénévolement, notamment dans la gestion de leur immeuble mais pas seulement. Des changements dans la loi de 1965 qui favoriseraient la gestion bénévole et coopérative permettraient sans doute, de canaliser cette force de travail nouvelle dans le sens de l’intérêt général.

29. avril 2012 par keusman
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L’audit énergétique en copropriété : obligation ou solution ? (Mars 2012)

Point de vue paru sur le site : Mon immeuble.com

Document (2 pages)

La copropriété est sans aucun doute un des secteurs laissés pour compte par le Grenelle de l’Environnement en matière d’économie d’énergie. Conscient de cette situation, le Plan Bâtiment a mené des réflexions qui ont abouti à un décret obligeant les copropriétés de plus de 50 lots équipées d’un chauffage collectif à réaliser un audit énergétique avant le 1er janvier 2017. Cette obligation ne s’applique pas aux autres copropriétés qui devront néanmoins faire un diagnostic de performance énergétique collectif (DPEC), à ne surtout pas confondre avec l’audit. Ce dernier se base sur les consommations d’énergie réelles de l’immeuble pour faire des préconisations précises de travaux d’économie d’énergie, alors que le DPEC en reste à une simple estimation de la consommation.

Les expériences de copropriétés engagées dans la rénovation énergétique montrent en effet qu’un audit complet est une étape bien souvent indispensable pour définir un programme de travaux. Mais cette mesure d’obligation pose trois problèmes qui pourraient en limiter les effets sur la dynamique de « transition énergétique » qui s’engage à peine dans les copropriétés.

1) Les conditions d’applications de la mesure sont très restrictives. D’abord, seul 15 % des logements en copropriété sont situés dans des immeubles comportant plus de 20 logements, et donc susceptibles d’être concerné par le plancher des 50 lots. Ensuite, ce sont les copropriétés en chauffage collectif qui sont déjà les plus avancées en matière de rénovation énergétique, notamment parce que les copropriétaires payent les charges énergétiques en commun. L’obligation d’audit manque donc l’occasion d’inciter les copropriétés en chauffage individuel, qui sont majoritaires, à se poser la question des travaux d’économie d’énergie.

2) Le choix d’une obligation risque de dénaturer l’audit en le réduisant au minimum réglementaire. L’observation de copropriétés ayant réalisé cet audit de façon volontaire  montre que son intérêt ne réside pas uniquement dans le document remis aux copropriétaires. Bien entendu, cette expertise est nécessaire car les copropriétaires ne sont pas des professionnels du bâtiment et ne connaissent pas tous les solutions d’économie d’énergie. Mais la valeur d’un audit réside surtout dans les relations qu’ils suscitent entre le Conseil Syndical et des acteurs (bureaux d’études, associations…) qui seront par la suite en mesure d’accompagner la copropriété pendant la phase travaux. En outre, les démarches volontaires d’audit énergétique produisent des effets induits qui facilitent ensuite le passage à l’acte : une mobilisation de toute la copropriété ; et l’acquisition de notions techniques qui donnent sens aux travaux et aux investissements à venir.

3) Cette mesure ne doit pas faire oublier les deux autres étapes d’un projet de rénovation énergétique. Dans les copropriétés en chauffage collectif, un travail d’optimisation de la régulation (pilotage et maintenance) est souvent une condition préalable à la réalisation de travaux d’économie d’énergie. Non prise en compte par l’audit, ces actions permettent d’obtenir des économies d’énergie rapides pour un coût relativement faible ; elles donnent confiance aux copropriétaires dans la capacité du Conseil Syndical à traiter cette question ; et permettent de pacifier les conflits souvent liés aux disparités de température entre appartements. Mais surtout, l’audit énergétique ne débouche pas automatiquement sur des travaux qui supposent, en amont du vote,  un important travail de préparation de la part du Conseil Syndical: communication auprès des copropriétaires, recherche de devis, montage financier, et enfin préparation de l’Assemblé Générale.

Si dans un premier temps, l’obligation d’audit énergétique, est une mesure qui semble aller dans le bon sens, ces possibles effets pervers risquent de la faire tomber à plat. Au lieu d’imposer une contrainte supplémentaire aux copropriétés, la puissance publique ne devrait-elle pas travailler à moderniser le mode de gestion des copropriétés ? Les rénovations énergétiques réussies reposent sur l’instauration d’une nouvelle organisation de la décision où les copropriétaires sont les instigateurs de la rénovation appuyés par des spécialistes. Pour soutenir ce mouvement, il est aujourd’hui indispensable de réformer la loi de 1965 pour libérer les initiatives des copropriétaires et faire émerger de nouveaux professionnels capables d’accompagner cette révolution.


29. avril 2012 par keusman
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Thèse de sociologie sur les économies d’énergie dans les logements collectifs (2008 – 2011)

Les conditions sociales et organisationnelles du changement des pratiques de consommation d’énergie dans l’habitat collectif

  • Dirigée par Dominique Desjeux, Université Paris Descartes,
  • Financement CIFRE – GDF Suez,
  • Soutenue à la Sorbonne en Septembre 2011.

Résumé (2 pages)
Synthèse (8 pages)
Manuscrit (847 pages)

Cette thèse de sociologie est une élucidation des problèmes concrets posés aux acteurs par les économies d’énergie dans l’habitat collectif. Elle repose sur une démarche de recherche inductive menée à partir d’enquêtes de terrain auprès d’habitants et de professionnels de l’habitat et du chauffage. L’idée centrale est de montrer comment, au delà des facteurs techniques et économiques, la consommation d’énergie dans l’habitat est une construction sociale et organisationnelle. A partir d’une description ethnographique des pratiques domestiques entraînant une consommation d’énergie, et plus particulièrement des pratiques de chauffage, elle montre que les marges de manœuvre des habitants au niveau de l’espace domestique sont limitées par de nombreuses contraintes. L’analyse organisationnelle de la gestion du chauffage en HLM et de la rénovation énergétique en copropriété fait apparaître les conflits d’intérêt entre les acteurs professionnels au sujet des économies d’énergie. Une véritable réduction des consommations d’énergie devient possible quand les habitants ont la possibilité de participer aux choix collectifs concernant leur immeuble.

29. avril 2012 par keusman
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La notion d’objet dans les théories de Bruno Latour et Michel Crozier (2010)

Une présentation qui propose de s’intéresser à la notion d’objet dans la théorie de l’acteur-réseau de Bruno Latour et d’effectuer une comparaison avec la théorie de l’acteur stratégique de Michel Crozier.


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29. avril 2010 par keusman
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Internet et société : des vidéos pour comprendre (2010)

Comment Internet transforme notre vie au quotidien et notre société ? J’ai sélectionné quelques vidéos pour comprendre comment les hommes font Internet et comment Internet fait les hommes. Philosophes, sociologues, entrepreneurs et prospectivistes vous livrent leur expertise et leur vision de la révolution numérique.

1) La naissance d’Internet

Une très bonne introduction ! Internet : une commande de l’Armée américaine ? C’est un mythe… La naissance du réseau est un processus d’innovation par percolation. Internet concerne aujourd’hui 25 % de la population mondiale et il est à l’origine de 3 ruptures sociétales : dans la connaissance avec l’intelligence collective ; dans l’économie immatérielle c’est à dire une gestion de l’abondance ; dans le co design où le consommateur participe à la production.

Serge Soudoplatoff, Les vraies ruptures de l’Internet (ENS Paris – ERNEST)



2) Internet : une révolution culturelle et cognitive

Le philosophe montre qu’Internet n’est pas seulement une révolution industrielle mais aussi une révolution culturelle. Internet change notre façon de traiter l’information comme avant lui le passage de l’oral à l’écrit puis à l’imprimerie. La révolution culturelle c’est un nouvel espace sans distance ; de non droit ; de mobilisation politique. C’est aussi une révolution cognitive : en permettant à l’homme d’externaliser sa mémoire l’informatique le rend plus intelligent car il peut se concentrer sur l’imagination et la raison.

Michel Serres, Internet : révolution culturelle et cognitive (INRIA 2007)

Voir la conférence complète véritablement passionnante ! (durée : 1h04)

3) Internet et lien social

Pour les individus au quotidien, les usages des TIC participent à la construction identitaire ; une injonction de la société individualiste. Le sociologue identifie 8 paradoxes dans les usages du net qui sont autant de signaux faibles révélateurs d’un changement des modes de vie.

Philippe Mallein, TIC et changement social


4) Internet et politique

La démocratisation des usages du net crée une forme politique originale qui élargit l’espace du débat public. Internet permet de nouvelles prises de parole et le surgissement d’acteurs inédits dans le débat public (lanceurs d’alertes, experts, journalistes, citoyens…) ce qui pose un problème de contrôle de l’information (Wikileaks, blog…). Les réseaux sociaux favorisent une hybridation des conversations privées et du débat public, ils brouillent les frontières de l’intime.

Dominique Cardon, un nouvel espace démocratique (La vie des idées 2009)


Vidéo 1

Vidéo 2

Vidéo 3

Vidéo 4

5) Internet et maketing

Communiquer « sur » Internet n’est pas communiquer « avec » Internet. Le Web pose un défi à la communication commerciale traditionnelle : la marque doit faire avec les critiques des consommateurs actifs en réseau. Sur Internet, chaque consommateur devient une marque et travaille sa réputation ; alors la marque doit devenir une personne pour dialoguer et proposer une expérience au consommateur. C’est le marketing relationnel où « le marketing des histoires drôles ».

Pierre Bellanger, Communiquer avec Internet (ENS Paris – ERNEST 2010)




6) L’Internet du futur

Internet n’est pas un nouveau média mais un nouvel environnement ! Ce nouvel éco-système informationnel se construit à partir de technologies comme le Wifi, la géolocalisation, les smartphones, la reconnaissance vocale. Le futurologue propose une vision prospective d’Internet : après le Web 1 de l’information descendante ; le Web 2 « social » où le contenu est généré par les utilisateurs ; le Web 3 « intuitif » capable de reconnaitre le contexte sémantique ; il envisage un Web 4 « symbiotique » qui fasse partie intégrante de notre environnement comme l’électricité.

Joël de Rosnay, L’Internet du futur (Conférence Cité des Sciences)

Vidéo 1

29. avril 2010 par keusman
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La consommation économe en 2010 : vers une société de déconsommation ?

Enquête sur le développement des pratiques économes dans la crise, menée dans le cadre du Doctorat Professionnel de sciences sociales de l’Université Paris Descartes

Rapport d’étude (40 pages)

Trois évènements récents ont contribué à mettre le phénomène de la « consommation économe » au centre du débat public : le « pouvoir d’achat » a été un des principaux thèmes de la dernière campagne Présidentielle ; la « consommation durable » a été promue par le Grenelle de l’Environnement ; et surtout la crise économique qui a débouché sur une relative stagnation de la consommation. La capacité à moduler sa consommation, dans ses achats comme dans ses usages, devient aujourd’hui une compétence de plus en plus stratégique pour le consommateur sous contrainte de budget. Dans ce contexte, nous avons voulu savoir dans quelle mesure les pratiques de consommation ont évolué ou non vers plus d’économie ? Après la société de consommation instaurée par les Trente Glorieuses, va-t-on aujourd’hui vers une société de déconsommation ?

430 individus[1] ont répondu à un questionnaire en ligne portant sur leurs pratiques et leurs représentations de la consommation économe dans tous les secteurs. Ces pratiques ont été identifiées à partir d’articles de presse et d’un brainstorming. Les répondants sont surtout des jeunes femmes actives et urbaines appartenant à la classe moyenne, ce qui permet de préciser la zone de pertinence de l’étude. Les données ont fait l’objet de traitements statistiques à partir de tris à plat et de tris croisés par les doctorants de la Formation Doctorale Professionnelle en Sciences Sociales de l’Université Paris Descartes Sorbonne.

L’interrogation des pratiques déclarées montre que dans certains domaines comme l’alimentation, l’habillement, l’eau et l’énergie, les pratiques économes sont la norme de consommation dominante. Mais, les stratégies privilégiés par les consommateurs varient en fonction des secteurs : l’achat moins cher est préféré dans l’alimentation et les vêtements alors que la restriction et l’investissement sont majoritaires dans l’eau et l’énergie. Dans le secteur de l’hygiène, de la beauté, de l’ameublement où les pratiques économes sont plus rares ont observe une part importante du « faire soi même ».

Actuellement, on constate une intensification de la consommation économe puisqu’aucune pratique économe n’est déclarée en diminution. Certaines sont des pratiques ancrées et constituent des routines pour une majorité de l’échantillon : l’eau du robinet, les meubles en kit, passer ses vacances chez des proches… D’autres sont des tendances fortes qui progressent sensiblement : télécharger des musiques et des films, acheter avec une étiquette énergie « A ou mieux », attendre les soldes pour acheter ses vêtements. Enfin, on identifie des signaux faibles c’est-à-dire des pratiques encore minoritaires mais en progression : le commerce entre consommateurs, le déstockage de vêtement, ou l’auto production alimentaire.

Tous les français ne sont pas sont pas égaux face à la consommation économe. Les pratiques sont nettement plus nombreuses dans les milieux populaires, même si elles ne sont pas absentes des milieux favorisés qui  privilégient des investissements permettant d’économiser plus tard. Au sein des familles ce sont les femmes qui portent le plus la démarche d’économie même si les hommes ont le sentiment d’être plus économe. A chaque cycle de vie correspond une façon de consommer et donc d’économiser : les moins de 25 ans se centrent sur les loisirs ; les jeunes couples sur le logement et l’ameublement ; les parents sont plutôt les moins économes sauf dans l’alimentaire ; et au moment de la retraite l’économie ressurgit avec des investissements sur l’eau et l’énergie. A gauche on semble plus économe qu’à droite surtout si on se sent en plus « très proche » du mouvement écologiste.

Au moment de la passation du questionnaire, au printemps 2010, la majorité de l’échantillon a l’impression de faire plus d’économie qu’il y a un an et se désigne plus comme « fourmi » que « cigale ». Cette attitude d’économie généralisée se comprend certes par le contexte sociétal (crise économique, préoccupations écologiques) mais aussi par les changements dans la situation personnelle des individus. Les stratégies de restriction et d’achat moins cher sont jugées les plus efficaces par une majorité de l’échantillon, mais les hommes valorisent davantage l’investissement que les femmes. Le sentiment de faire des économies est le plus fort dans l’eau et l’énergie, les vacances ; l’habillement pour les femmes, l’alimentation pour les hommes. La consommation économe est désormais perçue comme une valeur positive et les individus lui associent moins les qualificatifs de « pauvre » ou « radin ». Elle a clairement une dimension morale puisque qu’elle est affaire de « responsabilité », surtout pour les personnes proches du mouvement écologiste qui lui associe finalement moins le qualificatif « d’écolo ».

La situation économique et sociale actuelle est bien celle d’une « drôle de crise ». D’un coté les indicateurs macro-économiques montrent que la crise n’a toujours pas inversé la dynamique de progression des revenus et de la consommation. Mais de l’autre la consommation économe s’intensifie en pratique notamment dans les milieux populaires où les marges de manœuvre ont été réduites par la progression des dépenses contraintes. C’est aussi une modalité de consommation valorisée par l’ensemble de la population sous l’effet d’une peur grandissante du déclassement social et d’une adhésion largement partagée aux valeurs écologiques.



[1] Cette étude se base sur une enquête quantitative réalisée par les étudiants de la Formation Doctorale Professionnelle en Sciences Sociales de l’Université Paris Descartes sous la direction de Dominique Desjeux.

29. avril 2010 par keusman
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Les 10 difficultés du jeune sociologue en entreprise (2009)

Dans le cadre des Etats Généraux de la sociologie organisés par l’Association Française de Sociologie en 2009[1], j’ai présenté une liste des dix difficultés du jeune sociologue praticien.  Cette communication vise à contribuer à une réflexion sur la formation des sociologues à l’Université dans la perceptive d’une professionnalisation de la sociologie. Elle a été élaborée à partir de mon expérience de trois ans de sociologue en entreprise après avoir suivi un cursus de sociologie à l’Université jusqu’au niveau Master. Elle a également été enrichie par la contribution de deux responsables de formation qui ont formé des étudiants à la pratique des études pendant 20 ans, ainsi que celle d’un camarade de promotion qui travaille aujourd’hui dans un Observatoire social d’une commune francilienne[2].

Ce témoignage, très subjectif et qui n’engage que moi, permet de souligner les carences des formations actuelles en sociologie à l’Université pour des étudiants qui ne se destinent pas à une carrière académique, mais à exercer une activité de sociologue sur le marché des études et plus largement dans le cadre d’une recherche contractuelle. Une réalité qui est par ailleurs de plus en plus répandue aujourd’hui y compris dans la recherche publique. L’ambition de cette liste est moins de faire le procès de l’Université que de fournir des pistes d’amélioration à la formation des sociologues, en considérant qu’aujourd’hui une partie de plus en plus importante des étudiants est confrontée aux exigences de la recherche en organisation (entreprises, institutions publiques, ONG…) dont les contraintes sont très différentes de celles de la recherche académique.

1.       Une absence d’aide à l’insertion professionnelle : à l’Université les étudiants ne trouvent pas facilement d’interlocuteur pour les aider à chercher un stage ou une première expérience professionnelle. Ce point est d’autant plus gênant que les Universités entretiennent rarement un réseau d’anciens élèves. C’est donc le réseau personnel de l’étudiant qui devient un facteur décisif. Par ailleurs les étudiants de sociologie n’ont pas de stage obligatoire les poussant à se poser la question du métier avant le Master. Dans certaines Grandes Ecoles françaises il est courant que les étudiants bénéficient d’année de césure afin de se confronter au monde du travail, au Canada les étudiants sociologues travaillent pour leurs professeurs ce qui leur permet de s’essayer à une recherche dont les contraintes sont autres que scolaires.

2.       Un rapport négatif à l’entreprise : ou plutôt une absence de discours sur le monde du travail. Au bout de cinq années de formation à l’Université je n’avais jamais entendu parler de sociologie hors du cadre académique et je n’avais jamais eu l’occasion de voir un praticien parler de son métier. Le corps enseignant a souvent tendance à tenir un discours négatif à l’égard des entreprises dans le cadre d’une sociologie critique, mais beaucoup plus rarement à les présenter comme une des origines de la demande sociale de sociologie. Cette distance critique des enseignants à l’entreprise renvoie d’ailleurs à la première difficulté, ces derniers ayant une relative méconnaissance de la diversité des débouchés possibles et ne jouant que rarement le rôle de relais auprès des entreprises. Il me semble donc urgent d’ouvrir les enseignements à des intervenants sociologues praticiens dès la Licence.

3.       Un déficit de compétences de base : cette difficulté n’est pas liée en tant que telle à la formation des sociologues à l’Université mais plus au recrutement des étudiants. L’origine sociale et la trajectoire scolaire des étudiants qui s’inscrivent en sociologie en font des étudiants plus fragiles que ceux qui entrent à Science Po ou à HEC. Issus pour une part non négligeable d’un baccalauréat technique ou de Lycées situés dans des zones sensibles, ils arrivent à l’Université avec des insuffisances en expression écrite, des difficultés à structurer une argumentation, des carences en matière de synthèse et des pratiques de lecture relativement faibles. Le problème réside dans le fait que ces handicaps ne sont en aucun cas compensés par la formation à l’Université.

4.       Une ignorance du travail en mode projet : alors que le « projet » est aujourd’hui le mode de collaboration dominant dans les organisations privées et publiques. La capacité à monter un projet c’est-à-dire savoir le défendre devant des non-spécialistes, travailler en groupe, programmer son travail de temps, faire un budget… sont des compétences décisives dans la recherche de financement qui ne font absolument pas partie de la formation de jeunes sociologues universitaires. Même si l’expérience du « mémoire » se rapproche de celle d’un projet elle n’est n’y présentée ni perçue comme telle.

5.       Une difficulté à expliciter l’utilité de la sociologie : c’est-à-dire à savoir répondre à la question « A quoi sert la sociologie ? » sans rentrer dans les débats internes à la discipline. A l’Université, entre sociologues, l’intérêt de la discipline est une évidence même s’il est questionné. Mais en organisation il est essentiel de savoir convaincre ses interlocuteurs, qui n’ont pas toujours une culture en SHS, de l’intérêt d’une telle approche, et de savoir dire ce qu’elle apporte notamment par rapport à d’autres disciplines. Ceci est d’autant plus vrai pour les méthodes qualitatives qui se heurtent à la culture du chiffre prévalant dans les organisations, et aux représentations de la sociologie (sondage ou recensement, population défavorisée…). La légitimité de la sociologie n’est pas acquise d’avance, il faut la conquérir, en un mot il faut apprendre aux étudiants à vendre la sociologie et ses méthodes.

6.       Une méconnaissance des grands enjeux contemporains : si l’Université enseigne bien les théories sociologiques contemporaines on ne parle que très rarement des enjeux politiques, économiques et sociaux (Développement Durable, montée des pays émergeants, NTIC…) qui sont pourtant indispensables pour comprendre les marchés et faire valoir l’approche sociologique. Ce point marque une différence de plus avec les étudiants de Grandes Ecoles qui travaillent ces enjeux à partir d’articles de presse.

7.       Une difficulté à faire le lien entre théorie et données empiriques : en organisation la sociologie pratiquée est avant tout une sociologie empirique et les étudiants éprouvent souvent de grandes difficultés à faire le lien avec les théories sociologiques. Pourtant les opérationnels, contrairement à une idée reçue, sont loin d’être allergiques à la théorie, elle les intéresse à condition qu’elles éclairent les données et ne constituent pas une partie à part entière. Hors l’enseignement de sociologie à l’Université est séparé en deux blocs distincts : la théorie sociologique d’un côté, les méthodes sociologiques de l’autre. Il me semble important de former davantage les étudiants à monter en généralité à partir de leur terrain, au risque de voir les étudiants « plaquer » la théorie ou s’en passer à leur dépens.

8.       Un malaise avec la finalité opérationnelle des recherches : si à l’Université les recherches sont thématiques et doivent contribuer à la discipline, en organisation les recherches sont orientées vers la résolution de problèmes qui sont des problèmes d’action. Autrement dit les connaissances produites doivent être utiles pour répondre à la question « Qu’est-ce qu’on fait ? ». La formation universitaire n’apprend pas à traiter avec cette orientation qui peut s’avérer déroutante pour un apprenti sociologue praticien. J’ai personnellement ressenti un profond malaise les premières fois que je me suis trouvé confronté à un de mes « clients » (commanditaires) qui ne s’intéressait absolument pas à ma méthodologie et aux détails de mes résultats, mais seulement à la manière dont il pouvait utiliser mes conclusions.

9.       Un manque d’expérience dans la valorisation de la recherche : alors qu’en organisation la valorisation a autant d’importance que la recherche elle-même car les résultats doivent servir à d’autres. L’Université n’apprend pas directement à valoriser la recherche même sous une forme académique (article scientifique…). C’est une pratique qui s’acquiert par l’observation dans les colloques et rarement avant la thèse. Elle enseigne encore moins à mettre en forme les résultats pour qu’ils soient compréhensibles et entendus par les non-sociologues. Pourtant la capacité à rédiger une synthèse pertinente ou faire une présentation pédagogique est aujourd’hui la base de la compétence sur le marché des études.

10.   Le manque de compétence orale fait cruellement défaut aux étudiants confrontés à une culture orale centrale dans les organisations. L’Université évalue quasi-exclusivement sur l’écrit, en cinq ans de formation j’ai eu tout au plus deux ou trois oraux et je n’avais jamais ouvert le logiciel Power Point, ce qui renvoit à la question de la valorisation mais pas seulement. L’Université n’apprend pas non plus à débattre, d’égal à égal, argument contre argument. L’étudiant, en position d’élève faisant face à un professeur qui a le monopole du discours, ne s’exerce pas à apporter la contradiction. Pourtant l’interaction la plus courante en organisation est la réunion où il est essentiel de savoir argumenter son point de vue. Pourquoi ne pas mettre plus souvent les élèves en position de débat les uns avec les autres et développer les cours participatifs ?

Ce réquisitoire bienveillant à l’encontre des formations universitaires en sociologie montre qu’il est possible de changer pour donner toutes les chances aux étudiants de réussir leur vie professionnelle et de s’épanouir hors de la recherche académique. Ces changements n’impliquent pas de sacrifier l’autonomie de la recherche au « Grand Capital » mais demandent des modifications substantielles dans les pratiques pédagogiques et l’ouverture de l’Université aux praticiens. Ce qui est en jeu c’est l’existence même de la sociologie comme formation et finalement l’utilité sociale que lui attribuaient déjà ses Pères fondateurs.


[1] Atelier 2 : Former et qualifier les sociologues : Interrogation sur la perspective praticienne, présidé par Dan Ferrand-Bechmann (présidente de l’AFS), avec la participation de Luis Baptista (Président de l’Association Portugaise de Sociologie), Sylvie Montcharte (CEREQ), Christophe Beslay et Romain Gournet (Université de Toulouse).

[2] J’adresse mes remerciements à Sophie Alami, Dominique Desjeux (professeur d’anthropologie  et directeur de la formation doctorale professionnelle à la Sorbonne, www.argonautes.fr) et Ugo Soudrie pour l’aide précieuse qu’ils m’ont apporté en acceptant de me livrer leurs réflexions sur ce sujet.

N’hésitez pas à diffuser largement ce texte en indiquant ce lien : http://gbrisepierre.free.fr/?p=99

29. avril 2009 par keusman
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La théorie des échelles d’observation de Dominique Desjeux (2008)

Une présentation de la théorie des échelles d’observation de Dominique Desjeux que j’avais réalisée fin 2007 pour la Formation Doctorale Professionnelle de Sciences Sociales de l’Université Paris Descartes.

Les échelles d’observation de Dominique Desjeux

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29. avril 2008 par keusman
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La Cité du Commerce et de la Consommation en vidéo (2008)

4 vidéos pour faire le tour de la Cité du Commerce et de la Consommation de novembre 2008. Réalisées dans le cadre de la Formation Doctorale Professionnelle en Sciences Sociales, dont le directeur Dominique Desjeux est un des organisateurs de la manifestation. La vidéo 3 résume bien les transformations des modes de consommationen cours et les défis qu’elles posent au commerce.

1. Les objectifs (6min)

2. Le public (5min)

3. Les enseignements (8min)

4. Le bilan (8min)

29. avril 2008 par keusman
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