Article : Les dynamiques sociales de rénovation énergétique dans l’habitat privé (2016)

La « rénovation énergétique » est un objectif des politiques publiques depuis plusieurs années, mais elle est ne décolle pas dans l’habitat privé (maisons individuelles et copropriétés). En effet, les incitations économiques ne sont pas un levier suffisant pour enclencher des décisions de travaux. C’est sur la base de ce constat que le Plan Bâtiment Durable a lancé en mars 2016 un groupe de travail (GT) intitulé « Nouvelles dynamiques de rénovation des logements«  dont l’objectif est de « proposer de nouveaux leviers pour entrainer les ménages et la filière à s’engager dans un dynamique de massification de la rénovation« . Cette initiative va dans le bon sens car l’idée de départ est bien de partir des logiques du consommateur pour construire de nouveaux dispositifs permettant de susciter « l’envie de rénover« .

Les deux présidents de ce GT, Frédéric Denisart (Ordre des architectes) et Jean-Pascal Chirat (Saint-Gobain) ont fait un appel à contribution auquel j’ai décidé de répondre en résumant ma vision de la rénovation énergétique. Je propose donc un article de 10 pages synthétisant de manière vulgarisée les principaux constats des études sociologiques sur la rénovation énergétique de ces dernières années. En effet, avant de pouvoir identifier de « nouvelles » dynamiques il m’a semblé utile de faire un point sur les dynamiques sociales existantes. Toutefois, pour remplir son objectif le GT devra relever un défi méthodologique car on peut s’interroger sur le fait qu’un « appel à contribution » suffise à l’identification de nouveaux leviers ?

Quelle appropriation des enquêtes sociologiques par les décideurs et les professionnels ?

Dans cet article que nous avons coécrit avec Stéphane Labranche et Vincent Renauld, nous avons souhaité revenir sur l’appropriation des résultats de certaines de nos enquêtes par les décideurs et les professionnels. Il fait suite à une intervention à trois voies lors du séminaire ACDD organisé en décembre 2014 à la Sorbonne « Recherche appliquée en SHS et acceptabilité du développement durable ». Notre réflexion tente de prendre du recul sur des controverses qui ont émergé ces dernières années autour des résultats de la sociologie de l’énergie, et de faire apparait la diversité de leurs usages par les acteurs sociaux.

Pour télécharger l’article : BRISEPIERRE G., LABRANCHE S., RENAUD V., Renverser la question de l’acceptabilité sociale. Modes de réception par les professionnels et décideurs des enquêtes sociologiques sur les projets urbains, 2015.

Résumé : La notion d’acceptabilité sociale porte habituellement sur les populations concernées par des projets. Dans cet article, nous proposons de renverser la question en nous intéressant à la réception des enquêtes sociologiques par les porteurs de ces projets. Notre réflexion s’appuie sur le croisement de trois études sociologiques de terrain. Ces études s’intéressent à des projets urbains du territoire grenoblois dont le point de départ est une interrogation sur leur acceptabilité sociale par les populations : une zone action prioritaire sur l’air, des bâtiments basse-consommations (un HLM et une copropriété). Pour chacun des trois cas les auteurs présentent respectivement le contexte de l’étude, les principaux résultats, et surtout les réactions des décideurs et professionnels à l’exposé de ces résultats. Le croisement de ces témoignages permet d’aboutir à une typologie des modes de réception des enquêtes sociologiques par les acteurs sociaux. L’instrumentalisation où les résultats viennent conforter les stratégies existantes, la controverse quand les études conduisent à des prises de position multiples, l’innovation quand la recherche participe à l’élaboration de nouvelles pratiques professionnelles. Cette pluralité des formes d’appropriation des connaissances sur les populations concernées par les projets montre que le problème de l’acceptabilité sociale se pose également pour les acteurs porteurs de ces projets.

 

En 2015 : formez-vous à accompagner l’usage d’un bâtiment performant !

De part ma pratique de sociologue sur le sujet de l’énergie dans les bâtiments, je suis régulièrement sollicité par des acteurs pour les aider à mieux prendre en compte les usagers dans leur projet de construction ou de rénovation. J’ai toujours hésité à répondre seul à ces demandes légitimes car je considère que le rôle du sociologue est d’élucider une situation mais pas de la transformer. Pour parvenir à intégrer l’usage dans un bâtiment performant, il faut non seulement une compréhension des problèmes humains et organisationnels mais aussi des compétences en accompagnement du changement.

C’est de ce besoin de mise en commun des compétences pour répondre à de nouvelles demandes qu’est né le réseau AMUsage que nous avons créé en 2014 avec le lyonnais Ludovic Gicquel. Il s’agit d’un réseau informel de professionnels intéressés pour développer le métier « d’Assistance à Maîtrise d’Usage » pour les bâtiments performants, à partir de compétences très variées : sociologie, psycho-sociologie, conseil, animation, coaching, conduite du changement, formation, thermique, maîtrise d’ouvrage… Au fur et à mesure de nos échanges, nous avons décidé de passer à la vitesse supérieure !

A partir de 2015, nous proposons une formation « accompagner l’usage d’un bâtiment performant » destinée aux équipes engagées aux différents stades d’un projet de bâtiment performant. Sur 2 ou 3 jours, elle vise à leur transmettre la culture, la posture, et les outils nécessaires pour intégrer les usagers dans la conception comme dans la gestion du bâtiment. Grâce à la participation de plusieurs membres du réseau AMUsage, les sessions de formation combinent des apports théoriques issus d’études et d’expérimentations, avec des mises en situation permettant d’initier une dynamique entre les acteurs du projet.

N’hésitez pas à faire circuler cette proposition de formation, et à me contacter ou Ludovic Gicquel si vous souhaitez plus d’information ou êtes intéressé pour monter une session avec nous.

Une autre approche de la rénovation des copropriétés : l’ARC publie un guide de la mobilisation (novembre 2014)

La rénovation thermique des copropriétés est l’un des enjeux majeurs de la transition énergétique. Malgré les nombreuses actions des professionnels et des pouvoirs publics, la dynamique reste encore très timide. L’une des raisons de cette inertie est que ce sujet est le plus souvent abordé sous l’angle technique et économique, alors qu’il s’agit tout autant d’une question sociologique, voire démocratique ! C’est ce que j’ai voulu montrer dans mon travail de thèse (voire article) et que je cherche toujours à faire avancer en restant impliqué (formation, accompagnement, expertise, études…).

L’Association des Respcouverture guide mobilisationonsables de Copropriété, déjà connue pour ses guides à la fois pédagogiques et très approfondis, vient de sortir un guide : « Rénovations en copropriété : Comment mobiliser les copropriétaires ». Il a notamment été rédigé par Sylvaine Le Garrec, sociologue, qui a poursuivi et développé mes travaux de recherche sur les « leaders énergétiques ». C’est toute l’expérience concrète de ces copropriétaires engagés, mais aussi l’expertise de l’ARC, qui est concentré dans ce guide pleins d’outils et de conseils qui seront aussi bien utiles aux copropriétaires qu’aux professionnels (syndic, bureau d’études, architectes…).

L’ARC était déjà l’auteur d’un guide de référence sur le sujet, qui reste toujours valable mais plutôt orienté technique et juridique, « Copropriétés : le manuel de la rénovation énergétique« . Le guide de la mobilisation vient renforcer le recueil des bonnes pratiques à connaitre pour aider les copropriétaires à prendre en main la métamorphose de leur immeuble. Il s’inscrit également en complémentarité de la plateforme Coach Copro mise à disposition par l’Agence Parisienne du Climat et qui compte aujourd’hui 400 inscrits.

Séminaire le 11/12 : Recherche appliquée en SHS et acceptabilité du développement durable

Sous l’impulsion de Jérôme Boissonade, j’organise un séminaire sur le thème de la recherche appliquée en SHS, qui aura lieu le jeudi 11 décembre à la Sorbonne à Paris de 10h à 16h30.

Depuis quelques années, le réseau Approches Critiques du Développement Durable (ACDD) propose un séminaire qui interroge le paradigme de l’acceptabilité sociale, largement dominant chez les acteurs du domaine. Cette séance du 11 décembre souhaite partir des travaux de recherche appliquée menés sur l’énergie et l’environnement ces dernières années pour savoir dans quelle mesure ils permettent aux acteurs de dépasser cette lecture du changement social. Autrement dit, la séance pose la question de l’acceptabilité sociale de la sociologie pour les organisations en prises avec la transition énergétique et écologique.

La séance accueillera des chercheurs exerçant dans des contextes variés (entreprise, institution publique, libéral, association…) mais travaillant tous sur le « développement durable », et notamment l’énergie, dans une optique de recherche appliquée. Ils livreront moins les résultats de leur recherche que leur expérience de chercheur sur un mode narratif en s’attardant sur les conditions d’exercice, les modalités de réception, les effets sur la décision dans l’organisation, et enfin rétroaction sur les pratiques de recherche et l’identité. La séance sera enrichie par la présence de Dominique Desjeux qui jouera le rôle de discutant après chaque intervention, et une large place sera accordée aux échanges avec la salle.

Matin : 10h-12h30

Delphine LABBOUZ- HENRY, doctorante en psychologie sociale de l’environnement à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense et chargée de missions R&D au Groupe Elithis : « Développer une approche psychosociale dans un bureau d’études spécialisé dans l’efficacité énergétique des bâtiments »

Sylvaine LE GARREC, Sociologue-urbaniste, Association des Responsables de Copropriété : « Pratiquer la recherche-action en sociologie dans une association de défense des copropriétaires impliquée sur les économies d’énergie »

Après-midi : 14h – 16h30

Chantal DERKENNE, sociologue à l’ADEME : « Une décennie de recherche appliquée en sociologie dans une institution publique chargée de l’environnement et de l’énergie »

Gaëtan BRISEPIERRE, sociologue indépendant ; Stéphane LABRANCHE sociologue-politologue, Vincent RENAULD, ingénieur-sociologue : « Réception par les professionnels et les décideurs des enquêtes sociologiques sur des projets urbains : controverses et appropriation »